Giuliano da Empoli, très lucide analyste de la marche du monde, qualifie de « borgiens » les Trump, Miléi, Bukele et autres féroces prédateurs de notre monde moderne : « Les borgiens se concentrent sur le fond, pas sur la forme. Ils promettent de résoudre les vrais problèmes du peuple : la criminalité, l’immigration, le coût de la vie. Et que répondent leurs adversaires, les libéraux, les progressistes, les gentils démocrates ? Règles, démocratie en péril, protection des minorités… » (L’Heure des prédateurs, Gallimard).
Deux univers s’affrontent sur fond d’hypocrisie absolue. En effet, rien ne les différencie vraiment si ce n’est la manière, car ce qui compte vraiment pour les deux camps se résume en deux questions : est-ce que je détiens le pouvoir absolu ? Est-ce que je peux faire gagner un maximum d’argent à mon clan ? Le reste relève des moyens de parvenir à répondre « oui » aux deux questions.
Par exemple, en quoi la politique française se différencie-t-elle de celle de l’Oncle Sam ? Certes, en ce qui concerne les dirigeants, des fourbes s’opposent à des rustres. Mais sur le fond, la volonté et les actions entreprises sont les mêmes. En vrac : baisse du nombre de fonctionnaires, dévastation de l’État, retraite par capitalisation, baisse des impôts, va-t-en-guerre, non-accueil et chasse de l’étranger, dégradation des systèmes de santé et d’éducation, politique favorisant les plus riches et précarisant les plus pauvres, médias mis à la botte des plus riches, utilitarisme religieux, etc.
Ainsi, en France, le lit des prédateurs est préparé. Les rustres n’auront plus qu’à continuer le travail des sournois, plus brutalement encore. Aussi, osons la disruption, à la suite de Jésus : prions et engageons le combat pour les plus fragiles.
Emmanuel Argaud, pasteur, pour « L’œil de Réforme »
