Comme 2025, janvier 2026 nous a abreuvés d’une actualité déprimante : Trump menaçant le Groenland, rompant les liens de solidarité avec l’Europe et, par ailleurs, envoyant sa police réprimer avec violence des manifestations ; les terribles massacres perpétrés en Iran par le gouvernement des ayatollahs et son bras armé, les Gardiens de la révolution ; les tentatives russes de faire mourir de froid une partie de la population ukrainienne, etc.
Démoralisés, nous risquons d’être paralysés par un sentiment d’impuissance. Le dernier livre de Bertrand Badie, Par-delà la puissance et la guerre. La mystérieuse énergie sociale (Odile Jacob), nous permet d’apercevoir une autre réalité.
Depuis les années 1990, Badie et sa collègue Marie-Claude Smouts insistent sur le développement de relations transnationales, autonomes par rapport à la politique internationale des États, devenant un contre-pouvoir face aux puissances.
L’historien peut répliquer que le phénomène n’est pas nouveau et que, depuis longtemps, il existe un terreau associatif transnational, notamment protestant. Mais il semble exact que la mondialisation et les réseaux numériques amplifient fortement son essor.
Badie insiste sur le fait que de plus en plus de personnes, par le monde, sont amenées, par empathie, à devenir des acteurs de la scène internationale, à s’approprier des leviers jusque-là réservés aux politiques. Une identification récurrente de nombre d’individus à la souffrance sociale mondiale induit des mobilisations dont il ne faut pas négliger la force. Et, souvent, l’énergie ainsi dégagée a des effets sur les gouvernants, les obligeant à plus d’humanité. L’empathie avec la précarité de l’Autre devient ainsi un précieux instrument de lutte pour un monde moins injuste.
Jean Baubérot-Vincent, professeur d’histoire et de sociologie de la laïcité, pour « L’œil de Réforme »
