Les États-Unis semblent ne plus seulement se détourner de nous mais peut-être se retourner contre nous. Sur quoi notre dissuasion reposera-t-elle si ces derniers laissent entendre qu’ils ne sont plus certains de défendre l’Europe ? Et comment préparer l’avenir sans expertise numérique au sein de nos instances politiques ?
Imaginons que les alarmistes se trompent, mais que l’Europe investisse malgré tout dans son indépendance militaire et technologique : nous bâtissons une infrastructure numérique européenne, sécurisons nos systèmes, renforçons notre défense. Oui, cela coûtera cher. Mais en échange, nous gagnerons une autonomie stratégique, une souveraineté numérique et une relation transatlantique d’égal à égal.
Imaginons maintenant l’inverse : nous attendons le rétablissement de la démocratie américaine et faisons trop peu pour devenir autonomes. Nous espérons un retour à la normale. Mais entretemps, un successeur plus autoritaire encore que Trump pourrait affaiblir davantage l’État de droit et fusionner puissance publique et grandes plateformes technologiques. La géopolitique deviendrait alors un instrument de pression, même entre alliés.
Qui protégera alors nos institutions, notre économie et notre civilisation ? La dépendance suffit parfois comme levier de contrainte. L’Europe risquerait de se retrouver les mains vides, comme un enfant attendant que son grand frère retrouve la raison.
La perspective la plus éclairante, je l’ai entendue lors d’une conférence géopolitique réunissant des responsables de gouvernance. Un politologue d’origine indienne y comparait notre époque non pas à 1939 mais à 1945 – le peuple indien, après la colonisation, retrouve la confiance nécessaire pour avancer par lui-même. C’est cette confiance que l’Europe doit retrouver aujourd’hui.
Joost Röselaers, pasteur de l’Église wallonne d’Amsterdam, pour « L’œil de Réforme »
