La série télévisée The Deal, diffusée sur Arte en octobre dernier, a reconstitué avec précision le déroulement des négociations internationales de Genève, en avril 2015, entre les États-Unis et l’Iran, la Suisse et l’Union européenne pour contrôler l’atome iranien. Au fil des heures, au gré des soubresauts des discussions, s’invitent au bouillonnement des négociations et des conférences les back channels. Ce sont des canaux qui, en secret, ouvrent un dialogue personnel entre agents de forces que tout oppose. Des réunions sans protocole, dans des lieux improbables, à l’abri des caméras.
Ce sont évidemment ces back channels qui ont permis la libération de Boualem Sansal : ils sont beaucoup plus efficaces que les rodomontades d’un ministre de l’Intérieur. Ils s’imposent bien sûr pour les libérations d’otages, mais aussi pour de grands événements de notre histoire. La fin de la guerre d’Algérie se tricote du côté d’Évian entre Louis Joxe et Krim Belkacem. Les événements de mai 1968 se dénouent par des conciliabules entre Édouard Balladur et André Bergeron (Force Ouvrière) ou entre Henri Krasucki (CGT) et un jeune secrétaire d’État, Jacques Chirac.
Pour réussir, il faut que les parties qui entrent en back-channeling le fassent en confiance et à égalité. Le facteur personnel joue alors un rôle sensible. Et le succès n’est assuré que si les solutions négociées ne génèrent ni vainqueur ni vaincu.
Cette indispensable diplomatie, modeste et secrète, est mise à mal par la tonitruante utilisation des tweets, la revendication d’une transparence, qui n’est que voyeurisme, et la volonté à chaque seconde de se présenter en vainqueur du monde. Mais il est aussi nécessaire pour nous, citoyens, de freiner notre curiosité, de faire confiance et de savoir attendre.
Christian Apothéloz, journaliste, pour « L’œil de Réforme »
