L’affirmation d’un « nouvel ordre mondial », lâchée par le Premier ministre canadien Mark Carney lors d’une visite à Pékin, résonne comme un constat d’irréversibilité. Depuis l’intervention américaine au Venezuela, le monde semble basculer : aux négociations multilatérales et aux médiations de l’ONU succède une logique de blocs rivaux, où la puissance brute donne le ton. Le projet de Conseil de la paix, porté par le locataire de la Maison Blanche, en est une illustration parmi d’autres.
Ce déplacement est marqué par le refus des règles et des plateformes de négociation construites depuis 1945. En somme : le refus d’un droit international et des instances qui le soutiennent en faveur des seuls rapports de force (militaires, économiques).
Rien de bien neuf, cependant : les membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ont été les premiers à bafouer les règles qu’ils étaient censés garantir. Le mépris du droit international semble annoncer un scénario d’impuissance analogue à celui de la SDN dans les années 1930. Ainsi, les phrases au sujet d’un « nouvel ordre mondial » masquent en fait la triste répétition d’un jeu bien trop connu. Rien de neuf ici.
La nouveauté viendra d’ailleurs. Le dispositif onusien, avec toutes ses imperfections, a facilité l’organisation d’une société civile à l’échelle mondiale : un tissu d’associations et d’acteurs qui ne se limite pas aux frontières nationales (ONG, collectifs, réseaux de solidarité, etc.). Face au bras de fer des puissants, ce tissu peut offrir une résistance d’un autre ordre, attentive aux histoires qui affirment l’humanité comme à celles où elle a été niée – le terreau où germent le droit et la politique de demain.
Elio Jaillet, chargé des questions théologiques en Église, pour « L’œil de Réforme »
