Donald Trump a sonné la fin de l’ordre international de l’après-guerre froide selon lequel la souveraineté de chaque État était le récit officiel. L’intervention américaine au Venezuela pour enlever Nicolas Maduro rappelle cette règle : les grandes puissances agissent en fonction de leurs zones d’influence.
Pour Trump, Caracas est l’arrière-cour historique des États-Unis : au-delà du pétrole ou de la défense de la démocratie, il affirme que l’hémisphère occidental reste le principal espace d’influence américaine et que les régions du monde sont structurées par les rapports de puissance. Tandis que les Européens, dénonçant l’atteinte à la souveraineté nationale, sont ravalés au rang de vassaux.
Son action éclaire, voire légitime, d’autres crises majeures. Pour Vladimir Poutine, l’Ukraine ne relève pas du droit international car son territoire, lié historiquement à Moscou, doit assurer sa profondeur stratégique. Pour la Chine, Taïwan est un dossier interne gelé par les puissances occidentales.
Reconnaître la logique des sphères d’influence ne signifie pas la soutenir : le monde n’est pas gouverné par les bonnes intentions ou des principes juridiques mais par les rapports de forces. Après le Venezuela, l’annexion du Groenland pourrait suivre.
L’hypocrisie consiste à condamner les sphères d’influence lorsqu’elles sont mises en œuvre par d’autres tout en les invoquant pour défendre ses propres intérêts. Les grandes puissances ne demandent pas la permission de l’histoire : elles l’écrivent à la mesure de leur force.
Face au retour des sphères d’influence, la question est de savoir comment les puissances moyennes comme la France peuvent en limiter les effets destructeurs. Car si la loi du plus fort redevient la norme, elle n’a jamais garanti la stabilité du monde.
Général (2s) Jean-Fred Berger, pour « L’œil de Réforme »
