Lors de son voyage éclair en Nouvelle-Calédonie, le 23 mai, le président Macron a installé sur le territoire une « mission de médiation et de travail ». Celle-ci est composée de trois hauts-fonctionnaires, dont un préfet et deux conseillers d’hommes d’État. Son objectif est d’aider à dénouer la crise sur l’archipel.

Sans remettre nullement en question les compétences de ces hommes, on peut tout de même s’interroger sur le choix de trois serviteurs de l’État pour mener une médiation de ce type. On sait bien qu’un médiateur est une personne totalement impartiale (et perçue comme telle par toutes les parties en conflit), formée pour amener ces parties à se parler et à cheminer ensemble vers une solution qui soit la leur. L’impartialité du médiateur est une condition impérative pour avoir la moindre chance de succès.

Or, l’État n’est plus considéré par les indépendantistes comme un partenaire impartial. Ce qui avait fait la force de l’initiative de Michel Rocard en 1988, et de ses successeurs, était précisément d’assurer l’impartialité de l’État, considéré comme un facilitateur du dialogue entre les deux camps. Ce n’est plus le cas depuis que le troisième référendum a été imposé, en décembre 2021, sans tenir compte de l’importance culturelle du deuil dans la culture kanak. Et surtout depuis que le gel du corps électoral, sur lequel reposait tout le fragile équilibre de la vie sociale et politique depuis trente-cinq ans, a été remis en question sans aucune concertation.

Que peut-on espérer d’une médiation qui n’en est pas une, puisque le pouvoir a choisi son camp ? Quelle crédibilité peut recevoir une telle politique qui se fait, rappelons-le, en notre nom ?

Frédéric Rognon, professeur de philosophie, pour L’œil de Réforme