S’il est un cliché bien établi dans notre vie politique, c’est bien celui-ci : de tous les élus de France et de Navarre, le maire est le plus populaire. Aussi bien les élections qui se dérouleront les 15 et 22 mars prochains devraient-elles susciter la participation d’un nombre élevé de nos concitoyens. Mais chacun sait que l’abstention frappe aussi cette échéance depuis quelques années. Par les temps qui courent – et dieu sait s’ils ne courent pas forcément dans le bons sens – il est donc bien difficile de prévoir de quelle façon se déroulera ce joli rendez-vous de démocratie locale. A partir de l’exemple de Lyon, dont il fut l’un des professeurs de l’Institut d’Études politiques, Paul Bacot plante le décor dans lequel se déroulera cette rencontre électorale.

Lyon, une mécanique électorale particulière

« Le cas de Lyon est particulier, nous dit-il pour commencer. Longtemps, la deuxième ville de France se trouvait dans l’un des plus petits départements du pays. Depuis la réforme initiée par Gérard Collomb, la capitale du Rhône est enchâssée dans une nouvelle collectivité territoriale, la métropole de Lyon, et c’est bien celle-ci qui dispose du vrai pouvoir. Or, la médiatisation qui se porte sur la stricte élection municipale pourrait provoquer des surprises, et même une cohabitation inédite entre le ou la maire, d’une part, et le président ou la présidente de la métropole d’autre part. »

Aulas, Doucet et la métropole : le scénario des surprises

Jean-Michel Aulas est parvenu à réaliser une percée dans les sondages, l’ancien président du club de football réunissant sur son nom la droite et le centre. En dépit d’un âge avancé (76 ans tout de même) le chef d’entreprise lyonnais peut compter sur une grande notoriété, le souvenir de ses bonnes relations avec l’ancien maire Gérard Collomb, la reconnaissance des électrices pour avoir été pionnier dans le développement du football féminin, le soutien d’une partie d’un public issu de l’immigration grâce à l’appui de Karim Benzema. L’impopularité des embouteillages dans la ville pourrait faire le reste. Bien sûr Grégory Doucet ne l’entend pas de cette oreille et, samedi dernier, lors de son premier meeting de campagne, il a déployé son programme en espérant reproduire la performance de 2022.

« Pour le moment, Jean-Michel Aulas fait la course en tête, souligne Paul Bacot. Il essaie de porter une candidature cohérente avec l’élection métropolitaine. Mais, sur ce point, des surprises paradoxales pourraient apparaître : imaginez qu’Aulas l’emporte au premier tour, une partie de ses électeurs pourraient ne pas se déplacer lors du second tour de l’élection en métropole et permettre involontairement la victoire du sortant écologiste Bruno Bernard au détriment de son alliée, Véronique Sarselli. »

La modification de la loi dite PLM votée l’année dernière, qui sépare l’élection des conseils d’arrondissements et celle des conseils municipaux, pourrait encore compliquer le scrutin, puisque, Paul Bacot le souligne, quand les citoyens doivent se déplacer plusieurs fois le même jour, ils choisissent parfois l’élection qui leur semble la plus attractive.

Un printemps électoral sous haute incertitude politique

On dira que Lyon n’est pas la France et l’on aura raison. Mais qui sait regarder avec attention la carte électorale et celle des sondages ne peut manquer de rester dubitatif. A quand remonter pour trouver pareille échéance, complexe, obscure, indéchiffrable ? En 1977 comme en 1983, en 2001 comme en 2008, les municipales avaient conduit les électeurs à sanctionner la majorité présidentielle – à droite ou à gauche, suivant les cas. Certains commentateurs, amateurs de ce que nous pourrions appeler, dans un pastiche de Régis Debray, « la langue de l’empire » parlaient même de « Midterm élections ». En 1971 – voilà qui ne nous rajeunit pas – les élections municipales avaient donné raison à ceux qui les percevaient comme de strictes élections locales. Sera-ce le cas ce printemps ? Bien malin qui peut le prédire avec certitude.

« Un parti fait la course en tête dans les sondages nationaux, observe notre interlocuteur. Mais le Rassemblement national, puisqu’il s’agit de lui, ne dispose pas toujours au niveau local des équipes prêtes à mener des campagnes municipales. Il y a certes quelques exceptions confirmant cette règle, je pense à Perpignan, mais, d’après ce que l’on peut voir, peu de villes importantes basculeront de son côté. A l’autre bout du spectre, on peut se demander ce que feront les candidats de La France Insoumise qui ne pourront pas se maintenir et si la déperdition de leurs voix pourrait affaiblir la gauche ; entre les deux, chacun constate que les macroniens sont à la dérive. Les Républicains peuvent-ils en profiter, ou si peu, malgré leur caractère minoritaire ? »

Le réflexe légitimiste, appelé souvent « prime au sortant », n’existe plus guère. La guerre en Ukraine et la politique américaine pourraient encore compliquer les reports de voix, toutes tendances confondues.

Cerise sur ce drôle de gâteau : l’éventuel renversement Lecornu, qui provoquerait de manière automatique des élections législatives. « Alors là, je dois dire que l’hypothèse des municipales couplées aux législatives me semble impossible à Lyon, où elles s’ajouteraient aux élections à la métropole et aux arrondissements, prévient Paul Bacot. Sur un plan pratique – où trouver les salles et surtout les assesseurs ? – et sur un plan politique, il me semble que la situation deviendrait ubuesque. Or, ce n’est pas complètement exclu. Reporter l’échéance des élections municipales est impossible parce que la campagne est désormais trop avancée… Reste dans cette hypothèse le possible report des élections métropolitaines… » Amis parieurs, faites vos jeux !

A lire :

Deux ouvrages de Paul Bacot :
« La métropole de Lyon et les élections métropolitaines 2026 »
, exclusivement sur Amazon
« Parler dur, parler mou en politique »
, L’Harmattan 188 p. 21 €