Alors que les médias multiplient les points de vue sur les victoires ou les défaites à l’occasion des municipales, ils se sont peu intéressés à montrer l’impact réel de ces élections, en particulier dans les quartiers populaires. Or ces dernières y ont eu un retentissement certain, comme en témoignent des résultats jugés « inattendus » dans certaines communes déshéritées de la région parisienne.

Plusieurs maires « historiques » y ont été assez largement désavoués et remplacés par des candidats issus de ce que l’on qualifie pudiquement de « minorités visibles ». Ces résultats montrent d’abord que les électeurs de ces quartiers concourent désormais bien plus massivement qu’auparavant à notre devoir de citoyen.

Un incident symptomatique prouvant encore cet engagement a aussi été relayé par les réseaux sociaux. À Villepinte, à l’occasion de la prière de la Nuit du destin, un moment de recueillement et d’unité pour tous les musulmans, un participant a critiqué une candidate à la mairie et appelé à en soutenir une autre. Les vidéos montrent qu’une partie non négligeable de l’assistance s’est alors levée et a quitté la salle en guise de protestation. Faut-il le rappeler ? Toute réunion politique ou de propagande électorale dans les édifices du culte est interdite et les peines encourues par les contrevenants sont sévères (article 35.1 de la loi du 9 décembre 1905).

Mais c’est la réaction remarquablement civique de ces fidèles musulmans, visiblement outrés par le mélange des genres, qui est en effet exemplaire. Elle démontre combien les discours alarmistes cultivés par certains médias mettant volontiers en doute l’adhésion des populations des quartiers populaires à notre principe commun de laïcité sont particulièrement tendancieux et dangereux pour la cohésion de notre société.

Valentine Zuber, historienne, professeure à l’Université, pour « L’œil de Réforme »

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