Avant que Molière n’écrive la première ligne de son Tartuffe, des auteurs avaient déjà alerté sur l’immoralité des moralistes. Le feuilleton Morandini deviendra peut-être un jour une comédie. Pour l’instant, il s’agit d’une farce sombre.

À l’automne 2016, cette affaire sordide compte déjà largement dans la longue grève se soldant par le départ des trois quarts des journalistes d’I-Télé, vite rebaptisée CNews. Neuf ans plus tard et malgré ses engagements, la direction de la chaîne maintient à l’antenne le présentateur condamné pour délits sexuels sur mineurs.

La première voix dissidente dans le groupe de Vincent Bolloré sera celle de la journaliste Sonia Mabrouk, interpelée en direct par le député socialiste Jérôme Guedj. Elle provoque une prise de conscience curieusement tardive chez certains de ses confrères comme dans la partie la plus à droite du monde politique : il aura fallu une dizaine de jours pour que le président du Rassemblement national siffle la fin de la récréation et interdise à ses troupes de se rendre désormais sur le plateau de Jean-Marc Morandini.

Au passage, on apprend que le directeur de l’information de CNews a été condamné quelques semaines plus tôt à une peine de prison avec sursis pour violence sur ses enfants, et sa direction le défend par le même rideau de fumée que Morandini. 

Il se confirme ainsi qu’agiter à longueur d’antenne le vieux drapeau des racines chrétiennes de la France n’est décidément pas une garantie morale. On en espère presque qu’il ne s’agisse que d’hypocrisie ordinaire et non du révélateur d’un projet politique : en effet, le penseur italien Umberto Eco notait que le mépris des enfants et de leur fragilité est un signe distinctif du fascisme.

Bertrand Dicale, journaliste, pour « L’œil de Réforme »

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