Il existe, dans nos existences humaines, beaucoup de « décalages » : entre les fuseaux horaires autour de la planète, entre les générations qui ne se comprennent pas toujours, ou du moins, s’interpellent… Il existe aussi des décalages de situations : l’écart entre les plus riches de la planète et les plus pauvres (et même dans notre pays) n’a cessé de croître, mais aussi les décalages au sein même de nos propres vies, lorsque la maladie survient. Si l’on regarde notre monde en se décalant, on observe plus de raisons de désespoir que d’espoir : guerre en Ukraine, conflit entre Israël et la Palestine dont le processus de paix envisagé vient de prendre des décennies de retard, après les attaques ignobles du Hamas le 7 octobre et la réponse terrible de l’État d’Israël, montées des peurs identitaires en Europe et ailleurs qui font craindre (et c’est déjà le cas en partie) la percée de l’extrême droite. Bref, 2024 pourrait augurer des pires choses. À moins que…
Se décaler vers le meilleur des possibles
À moins effectivement que, très modestement, nous suivions les pas de Jésus dans les évangiles. Lui aussi constate le pire : les personnes handicapées rejetées et enfermées dans leur mendicité, les aveugles (symboles de nos propres cécités spirituelles et humaines)… Bref, il rencontre tous les rejetés ! Mais voilà, et c’est le génie de son message et de son action, il « décale ». Et il le fait, non pour regarder le pire à venir, mais le meilleur des possibles. Au travers des récits de guérison, symboliques, le Christ nous dit qu’il nous faut trouver de nouvelles voies, explorer de nouveaux chemins. Le message de l’Évangile est profondément un refus de la fatalité. Tout, pour parodier Voltaire (en inversant sa phrase), ne va pas forcément « au pire dans le pire des mondes possibles ».
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