Chaque dimanche ou presque, au moment des annonces, il s’avance au micro devant les paroissiens. Tenaillés par la faim, certains se désolent car ils devinent que le culte va se prolonger un peu. Mais Zoltan Zalay s’en fiche, ou pour mieux dire il s’en moque. Armé d’un sourire amical qui semble dire à chacun : « voyons, tu n’as pas l’impression d’être égoïste? », il évoque un prisonnier des confins (journaliste, écrivain, quidam, est-ce que l’on sait ?) qui, pour avoir pensé librement, croupit dans une geôle où son corps est livré sans vergogne aux cruautés.

Pasteur à la retraite et cependant très actif dans différentes associations, Zoltan parle au nom de l’ACAT ; il invite à rédiger des courriers, signer des pétitions, mobiliser les opinions publiques afin d’obtenir la libération de celles et ceux dont il dessine en quelques mots le portrait. Enfin… quelques mots, c’est vite dit, puisqu’il est, de son propre aveu, plutôt bavard – et cela vous explique l’impatience des calvinistes gourmands. Mais les phrases de l’ami Zalay sonnent assez justes pour que s’ouvrent les consciences. Elles impriment et travaillent l’esprit dominical. Oh bien entendu, les circonstances expliquent l’attention que leur portent les gens : quand la guerre éclate à quelques portes de chez soi, la souffrance endurée devient, sinon familière, au moins plus sensible.

Mais ce n’est pas la seule raison de cette écoute : les paroissiens perçoivent qu’un lien très étroit relie la prière, la lecture du Livre et l’engagement. Non pour obtenir un Salut, mais pour faire vivre une parole en acte.

On sait que l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture (ACAT) a vu le jour en 1974 et qu’elle se donne pour ambition de « combattre partout dans le monde les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, la torture, les exécutions capitales judiciaires ou extrajudiciaires, les disparitions, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et les génocides. »

En consultant le site de cette Organisation Non Gouvernementale, on peut lire des phrases qui claquent à la façon de slogans : « Ce n’est pas de votre faute si la torture existe, mais si elle recule, c’est grâce à vous ! »… « Parce que la dignité humaine est l’affaire de chacun » … « Chaque année, grâce à vos dons, l’ACAT soutient des centaines de victimes dans une trentaine de pays ». Le visage et le nom des persécutés s’affichent, à vous ravager le cœur. Les journaux parlent peu de ces femmes et de ces hommes, lesquels ont pourtant sacrément besoin de solidarité. Leur sort nous rappelle à quel point la liberté d’expression risque toujours, en tout lieu, d’être mise en péril et demande vigilance et fraternité.

A la fin de son intervention, Zoltan Zalay regagne son banc. Les derniers chants résonnent et les paroissiens s’égayent en des conversations chaleureuses. On boira bientôt quelques verres de Paleine ou de Rouge-gorge, délices à faire chavirer les amoureux, les chouettes et les loups. Mais quelque chose demeure. Une alarme. On se prend à songer qu’il n’est pas toujours de frontière entre les sujets de douleur collective, s’il existe des degrés de souffrance. Voilà pourquoi nous devons demeurer lucides et vigilants.

Réjouissons-nous de vivre dans une démocratie. Sachons reconnaître la grandeur et la beauté de notre République. Est-elle imparfaite ? Ah oui, certes. On le sait bien. Mais elle est aussi fragile que magnifique.

Alors, si par malheur un mouvement totalitaire était à quelques encablures de la détruire, faudrait-il attendre que les portes et les fenêtres de la maison commune soient renversées pour en parler dans nos paroisses ? Bon sang, la politique est de retour !

Pour en savoir plus : www.acatfrance.fr