Dans les faits, les images qui précèdent le lynchage de Quentin montrent de violentes échauffourées impliquant deux bandes de militants de l’ultragauche face à ceux de l’extrême droite.

Mais au-delà de cette dérive violente du combat politique, l’événement de ces derniers jours est la mise en cause de La France insoumise (LFI) en raison de ses liens avec le groupe antifasciste La Jeune Garde, impliqué dans le lynchage du jeune QuentinLa violence de ce groupe serait liée à la faculté qu’a ce parti de cultiver une « brutalité dans l’expression » et une « dénonciation permanente » qui polarisent la société. 

Mais le drame de Lyon pourrait aussi, et plus sûrement, être le résultat d’une sémantique délibérée du parti des Insoumis qui repose sur la désignation permanente d’un ennemi. Face à « Nous » qui sommes le peuple, « les gens », le seul camp légitime, « Eux » ne sont plus seulement des adversaires politiques mais des cibles. « Eux », c’est l’oligarchie, les puissances financières, les décideurs autoritaires, les médias dominants.

Le « Nous » serait ainsi autorisé à une forme de contre-violence préventive et nécessaire. Face à « Eux » qui sont illégitimes ou fascistes par nature, la réponse verbale pourrait ne pas suffire et devenir aussi physique. Une rhétorique qui est au fond celle-là même qu’utilise l’extrême droite.  

Inutile de préciser que cette mécanique d’exclusion réciproque ne peut être soutenue par quelque argument biblique que ce soit. « Nous » sommes aussi « Eux » et tous « privés de la justice de Dieu ». Le bien commun n’appartient à aucun clan, à aucune tribu, fussent-ils parés des attributs du peuple.

Jean-Luc Mouton, journaliste, pour « L’œil de Réforme »

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