C’est dans sa Toscane aimée qu’Éric Fuchs s’est endormi entouré des siens. Par ses livres, ses conférences et son enseignement, il aura profondément marqué le protestantisme romand et francophone, mais aussi beaucoup de catholiques, sensibles à son engagement œcuménique et à une parole libératrice. Qui n’a pas lu Le désir et la tendresse (1979), ce texte, plus qu’une thèse, qui a réconcilié bien des chrétiens avec une sexualité longtemps suspecte ?
Consacré en 1958, et se considérant lui-même d’abord comme un pasteur, la théologie n’avait d’autre sens que de présenter une intelligence de la foi, clairement enracinée dans des convictions, mais ouverte à une réalité humaine plus universelle. La foi devait rendre compte d’elle-même, se montrer responsable vis-à-vis du monde et entrer en débat avec les autres. Éric Fuchs l’avait expérimenté très jeune en dirigeant le Centre protestant d’études et l’Atelier œcuménique de théologie, dont il était l’un des fondateurs. Cela valait davantage encore au sein de l’université de Lausanne puis de Genève.
Une pensée ancrée dans l’anthropologie biblique
Libre face aux grandes idéologies qui ont marqué son époque, profondément ouvert à la philosophie et aux sciences humaines, son défi était de repenser la théologie face aux évolutions sociales. Sa théologie s’enracinait dans le récit adamique, dans Job, dans le Sermon sur la montagne, mais aussi dans la compassion lucanienne ou dans les méditations matthéennes sur la Loi. L’ancrage dans l’anthropologie biblique, portait une attention particulière au corps, à son plaisir et à sa souffrance, mais aussi à la parole humaine comme moyen de comprendre son énigmatique réalité. Attentif à ce qu’il considérait être des besoins humains fondamentaux, Éric Fuchs plaidait constamment pour que la société préserve la sécurité, l’échange et l’identité.