L’expression est de Lionel Jospin dont nous honorons la mémoire aujourd’hui. Au micro de Répliques, sur France Culture, il affirmait en 2007 : « pendant toutes les années du mitterrandisme nous n’avons jamais été face à une menace fasciste et donc, tout antifascisme n’était que du théâtre. Nous avons été face à un parti, le Front national, qui était un parti d’extrême droite, mais nous n’avons jamais été dans une situation de menace fasciste et même pas face à un parti fasciste ».
En lieu et place de cette honnêteté et de cette rigueur bienvenues, le spectacle des débats politiques se résume aujourd’hui à une vraie-fausse guerre des représentations où chaque camp met en scène l’infamie de l’autre. Les rôles sont clairement distribués.
Le Rassemblement national (RN) dénonce le « fascisme de gauche » (ou islamo-gauchisme) et tente de retourner l’accusation de fascisme en pointant du doigt ce qu’il nomme les méthodes « totalitaires » de La France insoumise (LFI) et ses penchants antisémites.
Pour LFI, le RN reste l’héritier biologique et idéologique du fascisme historique. Si l’adversaire est un « fasciste », il sort du champ de la République. On n’a plus besoin de discuter ou de contredire son programme économique ou social, puisqu’il est par essence « maléfique ».
En s’affrontant de manière aussi radicale, le RN et LFI s’installent comme les deux seuls pôles de référence, reléguant tout le reste de l’éventail politique au rang de figurant. L’objectif est de vider l’espace central et de passer par pertes et profits les partis dits de gouvernement.
Sauf qu’à force de crier au loup (ou au fasciste) pour tout et rien, les mots perdent leur sens. Si tout le monde est fasciste, plus personne ne l’est, ce qui peut rendre invisible une menace réelle si elle venait à surgir.
Jean-Luc Mouton, journaliste, pour « L’œil de Réforme »
