Les médias ont largement commenté les récentes élections municipales, en pointant le fait qu’il n’y a pas eu un clair vainqueur. Huit jours plus tard, nous pouvons tout de même établir qu’il y a eu deux grands vaincus : les sondages, et la participation.

D’élection en élection, les errements des sondages (cette fois-ci à Lyon, à Toulon, à Toulouse…) ne font que nourrir la défiance envers la diffusion d’informations politiques, sinon les soupçons de manipulation par les sondages eux-mêmes.

L’irrésistible progression de l’abstention, y compris lors des élections locales, nous offre un sujet de méditation plus sérieux. Nous sommes en effet constamment victimes d’un effet de loupe. Lorsque l’on dit que tous ceux qui votaient communiste il y a 50 ans votent aujourd’hui Rassemblement national (RN), c’est faux : massivement, les classes populaires s’abstiennent. Lorsque l’on s’imagine que sur dix personnes croisées dans la rue ou dans le tram, quatre sont des électeurs du RN, c’est faux : celles-ci boudent les urnes. Le RN représente 40% (score électoral) de 57,5% (participation) de 78% (part des électeurs dans la population française).

Ces chiffres ne retirent rien à la légitimité institutionnelle des élus mais n’engagent pas leur légitimité fondamentale, c’est-à-dire leur représentativité. Depuis longtemps, nous sommes gouvernés par des minorités, fort « mal élues ».

Il importe donc d’interroger cette désaffection des Français envers la chose publique, et d’imaginer les conditions d’un renouveau de la citoyenneté, grâce auquel la grande majorité de la population se sentirait concernée par les visions, les rêves, les programmes et les débats sur le bien commun. À moins de nous résigner à la servitude volontaire devant la pure distraction que nous offre le spectacle politique.

Frédéric Rognon, professeur de philosophie, pour « L’œil de Réforme »

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