Ici, là-bas, concordance des temps ?
En janvier, Liam Conejo Ramos, 5 ans, a été arrêté avec son père dans le Minnesota par les agents de la police de l’immigration américaine (ICE). Leur crime ? Ils sont équatoriens, demandeurs d’asile. Pour Trump, ce sont des « illégaux » et donc des « criminels ».
En janvier, Zaïd a vu le jour à Avignon, premier né de l’année dans le Vaucluse. L’information a entraîné une avalanche de messages racistes sur les réseaux sociaux. Son crime ? Porter un prénom non français. Comme étranger, il est donc un « terroriste en puissance » ou un « futur dealer ».
En janvier, à Minneapolis, Renee Good et Alex Pretti ont été abattus par les agents de l’ICE. Ces citoyens américains s’étaient organisés avec d’autres pour protester contre les méthodes brutales employées par les agents fédéraux et entraver leurs interventions. La première a été qualifiée de « terroriste de l’intérieur », le second d’« insurgé ».
En janvier, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire pour violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique ayant entraîné la mort à la suite du décès en garde à vue d’un Mauritanien de 35 ans. L’Inspection générale de la police nationale a été saisie suite à la diffusion d’une vidéo montrant trois policiers molestant un homme. Concomitamment, le Parlement a examiné une proposition de loi LR visant à octroyer aux forces de l’ordre la présomption d’un usage légitime de leurs armes.
Ici n’est pas là-bas et la police française n’est pas l’ICE. Pour autant, les lames de fond qui travaillent nos sociétés ont bien des similitudes : le rejet de l’étranger, le racisme qui n’épargne pas même les enfants, les dérives autoritaires ; le tout, au nom de la défense de la civilisation.
Ici ne sera pas là-bas si chacun, à temps, se dresse et proteste.
Jean-Marc Defossez, magistrat, pour « L’œil de Réforme »
