Le rapport de l’Anses concernant les effets délétères des réseaux sociaux sur les adolescents, publié le 13 janvier dernier dans le contexte de l’adoption de la loi sur l’interdiction des réseaux sociaux aux jeunes de moins de quinze ans, m’a interpellé.
Comme toujours dans ce débat, il n’est question que des enfants. Politiques et experts s’empoignent pour justifier leurs positions respectives. Certains mettent l’accent sur l’éducation numérique par les parents, d’autres présentent l’interdiction comme un mécanisme imparfait mais nécessaire pour limiter ce que nous constatons partout, à savoir une hausse significative des troubles psychologiques et sociaux liés à l’utilisation des réseaux sociaux.
Il est extrêmement étonnant (mais parfaitement révélateur) qu’aucune voix ne s’élève dans ce débat pour nous confronter avec une réalité encore plus inquiétante : celle de la dépendance des adultes aux réseaux sociaux. Toutes les plateformes numériques sont optimisées par des psychologues et spécialistes du marketing pour développer et encourager une utilisation addictive. Résultat : notre société, depuis la petite enfance jusqu’aux octogénaires, est droguée aux réseaux sociaux. Difficile de montrer l’exemple à ses propres enfants dans ce contexte. Il est bien plus réconfortant de penser que seuls les enfants sont désarmés.
Il n’y a pas de solution miracle. Nous avons collectivement capitulé, drogués que nous sommes, devant le poids des intérêts économiques et médiatiques de ces plateformes. Qu’il y ait ou non une interdiction pour les jeunes d’accéder aux réseaux sociaux n’y changera rien : c’est de notre responsabilité d’adultes et de nos habitudes que nous devons parler pour enfin agir !
Gabriel Richard-Molard, juriste européen, pour « L’œil de Réforme »
