« Un rendez-vous devenu rituel dont le constat, hélas, reste inchangé », regrettent Adeline Hazan, présidente de l’Unicef France, et Pascal Brice, de la Fédération des acteurs de la solidarité (FAS), dans une tribune parue jeudi 28 août dans les colonnes de Ouest-France. Un message qui accompagne la publication du septième baromètre des « Enfants à la rue » faisant état d’une augmentation du nombre d’enfants contraints de dormir à la rue. « Chaque rentrée scolaire compte davantage d’enfants à la rue, et la réponse publique demeure – quant à elle – cruellement insuffisante », déplorent ces derniers.

Selon les dernières données, 2 159 enfants, dont 503 de moins de trois ans, sont restés sans solution d’hébergement « après que leur famille a sollicité en vain le 115 », entre le 18 et le 19 août 2025. Un chiffre en hausse de 6 % depuis 2024 et de 30 % depuis 2022, précisent les organisations dans un communiqué de presse.

Trente et un enfants morts à la rue en 2024

Et pourtant, ce chiffre, aussi dramatique soit-il, ne reflète pas l’ampleur réelle du phénomène du sans-abrisme pour les mineurs. « Les mineurs non accompagnés sans-abri, pourtant nombreux, échappent au décompte », indiquent les organismes au sein de leur tribune, tandis que le « mal-logement reste mal mesuré » dans les territoires ultra-marins. Selon les estimations avancées par la Fondation pour le Logement des Défavorisés (ex Fondation Abbé Pierre), l’île de la Réunion comptait plus de 1 000 enfants sans solution en 2024, dont 330 de moins de trois ans. À Mayotte, dévastée par le passage de plusieurs cyclones, « un tiers de la population vit en habitat précaire », signale le communiqué de presse de l’Unicef.

Pire encore, « cette situation tue », s’insurgent Adeline Hazan et Pascal Brice. En 2024, sur les 855 décès de personnes vivant à la rue recensés, 31 d’entre eux étaient des enfants, selon le décompte de l’association Les morts de la rue.

Augmenter le nombre de places d’hébergement

« Il est temps de se doter de politiques publiques à la hauteur du drame qui se joue », exigent les organisations. Face à la saturation des hébergements d’urgence, elles demandent « la présentation d’une loi de finances rectificative pour 2025 prévoyant, a minima, le maintien de la capacité du parc d’hébergement à 203 000 places ». Un chiffre qui reste toutefois « insuffisant pour répondre à l’ensemble des besoins et respecter les principes d’inconditionnalité et de continuité de l’accueil inscrits ». L’Unicef et la FAS recommandent ainsi de porter ce nombre à 213 000 places via « la création de 10 000 places d’hébergement supplémentaires » dans le projet de loi de finances pour 2026.
Les ONG exigent également « la mise en œuvre d’une programmation pluriannuelle de l’hébergement et du logement, incluant une attention spécifique aux enfants et aux familles », ainsi que la création d’un « observatoire national du sans-abrisme ».

« En 2025, nous attendons toujours que se concrétise l’engagement, pris par les gouvernements successifs, de “ne plus avoir aucun enfant à la rue” », rappellent les auteurs de la tribune. « Dans un pays comme la France, il n’y a pas d’impuissance. Ce qui manque, c’est la volonté », ajoutent-ils, implacables.