La semaine dernière s’est tenu à New Delhi un sommet sur l’intelligence artificielle (IA). Pour la première fois, nos dirigeants s’y sont inquiétés des évolutions de l’IA et de la concentration du pouvoir par ceux qui les maîtrisent, posant clairement la question du rapport entre micro et macro.

Cette dernière est en effet de plus en plus prégnante chaque jour. Y répondre, me semble-t-il, c’est déterminer l’avenir de notre mode social.

L’économie libérale a réglé la question : toute bonne décision micro-économique visant à mieux gérer son entreprise ou son ménage est profitable à tous, même s’il y a des crispations. Un licenciement nécessaire pour la survie de l’entreprise ou pour sa productivité est globalement bon pour la collectivité. Les gains de productivité liés au progrès technique ont été, dans l’ensemble, profitables à la hausse du niveau de vie de tous. Le micro et le macro ne sont pas antagonistes.

Cette vérité est-elle toujours pertinente aujourd’hui ? Il me semble que non : si ce n’est pas la fin de l’histoire ni du dernier homme, c’est la fin de l’économie. À moins de considérer qu’elle doive et qu’elle puisse être orientée vers ceux qui n’ont rien dans les pays du Sud, notre économie a achevé sa mission de produire (trop ?) pour satisfaire nos besoins.

La puissance de l’IA, qui apparaît de jour en jour plus offensive et invasive, n’est quant à elle qu’un outil de destruction massive de liens, tournée vers le seul but de la productivité sans bornes.

L’IA porte en elle le déclassement massif de toutes nos populations dites intermédiaires-supérieures, dont on n’aurait plus besoin, puisqu’elles ne produisent pas (physiquement) et qu’elles ne sont pas aux commandes.

On peut donc se réjouir que la relation entre micro et macro intéresse enfin nos dirigeants.

Alain Penchinat, entrepreneur, pour « L’œil de Réforme »

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