Deux événements ont marqué l’actualité récente : d’une part, le vote du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (le PLFSS) ; d’autre part, l’annonce faite par les dirigeants de TotalEnergies, selon laquelle l’entreprise serait cotée en bourse non seulement à Paris mais encore à Wall Street.

Quel est le lien entre les deux ? Il peut se résumer en l’application à l’économie d’un pays de la phrase de Saint Paul : « Qui non laborat non manducet » (« Qui ne travaille pas ne mange pas »). En effet, le PLFSS prévoit une suspension de la réforme des retraites dont un élément clef était le report de l’âge de départ à la retraite, et donc, ipso facto, une augmentation de la quantité de travail du pays.

Cette mesure correspondait à la volonté, plus encore que de réduire le déficit du régime de retraite, d’accroître la production. Cette volonté repose sur le constat que notre pays, qui accumule les déficits extérieurs depuis 2002 et son passage aux 35 heures, ne travaille pas assez. Et pour manger, pour reprendre l’expression de Saint Paul, c’est-à-dire pour payer ses importations et compenser son déficit extérieur, il vend ses « bijoux de famille ».

Si TotalEnergies se tourne vers New York, c’est principalement parce que son capital est de plus en plus détenu par des investisseurs étrangers. Comme la France ne vend pas assez de produits pour couvrir ses importations, elle se vend… Pour inverser la tendance, il faut produire davantage et pour produire davantage, il faut travailler plus. Sinon, la France finira par ne plus pouvoir manger. C’est-à-dire, concrètement, qu’une fois qu’elle aura vendu l’essentiel de son patrimoine, elle subira une baisse drastique de son niveau de vie si elle ne travaille pas davantage.  

Jean-Marc Daniel, professeur d’économie, pour « L’œil de Réforme »

S’abonner à « L’œil de Réforme »