Deux affaires, l’une internationale, l’autre nationale, mettent nos médias et nos responsables politiques au défi d’une indignation sélective et d’un risque de racisme décomplexé sous-jacent. À Minneapolis, le meurtre délibéré d’une jeune mère de famille américaine par un agent de la police fédérale de l’immigration (ICE) le 7 janvier dernier a eu un écho considérable en raison du seul fait que celle-ci était « blanche ». À Paris, six jours plus tard sur Cnews, l’animateur vedette de la chaîne s’est ému bruyamment de la difficulté supplémentaire que rencontraient les forces de l’ordre face à des agriculteurs mécontents, alors que ces derniers étaient « blancs » et partageaient forcément les mêmes convictions que « nous les blancs ».

Or les exactions de l’ICE, tant à Minneapolis qu’ailleurs dans le pays et ce depuis plusieurs mois, font un nombre considérable de victimes qui sont visées spécifiquement en raison de leur faciès les identifiant comme des immigrés illégaux potentiels. Les victimes, généralement « non-blanches », n’ont pourtant pas droit aux mêmes indignations. Et le recours à une violence exagérée, régulièrement reproché aux forces de maintien de l’ordre de notre pays, paraît, aux yeux des mêmes commentateurs, bien plus justifié lorsqu’il s’applique à des manifestations de protestation visant à garantir les droits des personnes y compris lorsqu’elles sont en situation irrégulière, et donc généralement « non-blanches ».

Quand donc cesserons-nous de nous voir imposer cette hiérarchisation des victimes par des faiseurs d’opinion sans jamais réagir à cette entreprise résolue de banalisation du racisme ? Et depuis quand les valeurs d’égalité et de fraternité que nous défendons, comme citoyens, comme chrétiens, ne devraient s’appliquer qu’à nos exacts semblables ? 

Valentine Zuber, historienne, professeure à l’Universitépour « L’œil de Réforme »

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