Le score très élevé recueilli par les partis de la droite extrême en dit long sur le succès et la banalisation des thèses portées par ce mouvement. Basées sur le rejet des valeurs libérales et ouvertes incarnées dans le projet européen, elles se résument dans des propositions qui font du rejet de l’autre et du repli sur soi l’alpha et l’oméga d’une conduite politique survalorisant la souveraineté nationale. La solidarité européenne, face à l’appétit renouvelé des grandes puissances et à l’agressivité guerrière de certains États, semble devoir passer désormais par pertes et profits.

À cet éprouvant bilan s’ajoute le « tremblement de terre » que constitue l’annonce consécutive de la dissolution de l’Assemblée nationale par le président Emmanuel Macron. Beaucoup applaudissent, tandis que d’autres redoutent à raison un prochain résultat électoral qui marquerait un tournant inédit dans la gouvernance de notre pays. Cependant, le président avait-il le choix ? Car il relève bien des valeurs démocratiques d’accepter loyalement l’alternance signifiée par le choix des urnes. Et ne pas reconnaître les revendications des électeurs, au motif qu’elles seraient dangereuses, en serait un déni.

Reste la question de savoir s’il est raisonnable de donner les clés du gouvernement à un parti qui conteste ouvertement ces valeurs et tous les engagements que cela suppose en termes de respect des attendus de notre devise républicaine : la liberté, l’égalité et la fraternité garanties à toutes et tous sans exception. Le débat ne fait que commencer. Son résultat sera certainement décisif.

Valentine Zuber, professeure d’université, pour L’œil de Réforme