Lorsque Dieu renouvelle son alliance avec Abraham, il lui dit : « Sache que tes descendants séjourneront en immigrés dans un pays qui n’est pas le leur ; ils y seront esclaves, et on les affligera pendant quatre cents ans » (Gn 15.13). Je me suis posé la question de savoir pourquoi les descendants du patriarche devaient obligatoirement passer par la case « esclaves à étrangers » avant d’accéder à la terre promise.

La réponse qui m’est venue à l’esprit est que le fait d’avoir été étranger est un fondement éthique. Dans la Torah, lorsque Dieu demande à ses enfants d’être bienveillants avec l’immigré, la veuve et l’orphelin, il fonde toujours cet appel sur le même principe : « car tu as été étranger ».

Dans le Nouveau Testament, un verset de l’apôtre Paul évoque le même thème : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu, et si tu l’as reçu, pourquoi fais-tu le fier, comme si tu ne l’avais pas reçu ? » (1 Co 4.7). Si je considère que ce que je suis est une grâce et que ce que je possède est un don, cela change mon regard et me conduit à la générosité et au partage. Ce changement de perspective fonde mon rapport au prochain.

Dans cette période de l’Avent, je me souviens que Dieu lui aussi s’est exilé de son ciel pour venir planter sa tente au milieu de nous. Il est né dans l’hygiène douteuse d’une étable, d’un couple qui a été poussé sur les routes de l’exil par la politique d’un tyran qui voulait recenser sa population pour vérifier les forces dont il disposait. Je n’aurai jamais fini de méditer cette histoire ni d’entendre les conséquences politiques que je suis invité à en tirer.

Antoine Nouis, théologien, pour « L’œil de Réforme »

S’abonner à « L’œil de Réforme »