Je suis un « xénophile » !

Je suis un « xénophile » !

L'accueil inconditionnel de l'autre est inscrit dans la tradition biblique. Un billet de Jean-Luc Hauss, pasteur à Neuwiller-lès-Saverne.

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 30 juin 2018

L’autre jour, dans le train pour Hanovre, j’ai engagé la conversation avec mon voisin de voyage. Après les politesses habituelles, nous avons échangé sur la politique d’accueil des étrangers en Allemagne. Au bout d’un moment, mon interlocuteur me dit que, en fait, je suis un « xénophile ». J’ai demandé si ce mot grec évoquant l’amitié pour l’étranger était couramment utilisé. Il m’a expliqué que ce terme désigne les personnes qui, par principe, ont une attitude d’ouverture, un apriori positif envers tous les étrangers et que, dans la bouche des opposants à la politique d’accueil du gouvernement, il a une connotation négative, voire méprisante !

Dans la parole de la lettre aux Hébreux, il est question de philoxenia, mot grec qui dans nos bibles se traduit par hospitalité. Chacun de nous pratique l’hospitalité, accueille chez lui ses amis, ses proches ! Cette connotation consensuelle du mot hospitalité ne renvoie pas à ce qu’évoque le terme grec philoxenia : l’accueil de l’autre que je ne connais pas, l’apriori positif envers l’étranger ou le respect de l’ennemi…

Abraham et les anges

Cet accueil inconditionnel est inscrit dans la tradition biblique, dont l’exemple illustre est celui d’Abraham accueillant trois étrangers près des chênes de Mamré. Sans les connaître, il se précipite à leur rencontre, s’incline devant eux, les invite à demeurer chez lui, leur offre à boire et à manger ! Pour Abraham, ces trois hommes se révèlent être des messagers de Dieu, des anges donc.

L’auteur de la lettre aux Hébreux invite à la même pratique de l’hospitalité, à l’accueil de l’autre, de l’étranger… L’amour fraternel auquel il exhorte ne s’arrête pas à celui qui nous est proche, à celui qui pareil… L’accueil de l’autre différent, différent par ses origines culturelles ou sociales, différent par ses convictions ou simplement qui n’est pas comme moi, pourrait être l’occasion d’accueillir des anges !

Messagers de Dieu 

Depuis quelques années, les anges sont à nouveau à la mode. De nombreux ouvrages leur sont consacrés et l’ange préféré des Français est, paraît-il, l’ange gardien. Vous savez, celui qui prend soin de moi, à qui je peux parler et qui occasionnellement me parle !

L’exhortation de cette lettre aux Hébreux à pratiquer l’accueil de l’autre me fait courir le risque d’accueillir un messager de Dieu, un ange qui n’est pas là pour me conforter dans ce que je fais ou ce que je pense, mais qui au contraire peut me bousculer, me questionner, me faire prendre de nouveaux chemins…

Nous sommes nombreux à lire ou chanter le poème de Dietrich Bonhoeffer : Von guten Mächten wunderbar geborgen. Il y évoque les anges, créatures du monde invisible qui veillent sur nous. Ce n’est pas trahir sa pensée que de dire que, pour lui, ses compagnons de cellules, ses amis qui le soutiennent, voire ses oppresseurs, sont aussi des « anges », des messagers du Seigneur.

Nous partageons la conviction que le ressuscité est avec nous en tout temps et en tous lieux. Puissiez-vous, les uns et les autres, faire l’expérience de sa présence à travers les hommes et les femmes que vous rencontrez, les plus proches et les plus étrange(r)s

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Magazine protestant régional pour les paroisses de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Diffusé à plus de 42 000 exemplaires, ce magazine de 32 pages paraît tous les deux mois. Il aborde sous la forme de dossiers, d’entretiens et de mises en lumière la vie de tous les jours, les questions et les réalités de la foi.

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