Jésus, s’il te plaît, passe-nous le sel...

Jésus, s’il te plaît, passe-nous le sel…

Etre dans la réalité du monde aujourd’hui, en discerner le meilleur : dans cette quête, quelle présence, quelle absence pour l’Eglise ?

Un contenu proposé par Ensemble - Strasbourg

Publié le 10 février 2017

Auteur : Gérard Heinz

Au temps de Jésus, le sel valait son pesant d’or. Non seulement, il conservait les aliments dans la durée, mais encore il potentialisait leur saveur. Et, valeur ajoutée, il purifiait les plaies. Trois bonnes raisons pour Jésus d’en faire le symbole de la vie du disciple : « Vous êtes le sel ! Donnez-donc du goût à ce monde et la guérison. » Ambitieux programme pour une alliance durable voulue par Dieu avec les hommes ! Mais Jésus d’ ajouter : « Attention ! Si le sel perd sa saveur, il ne vaut plus rien et il est foulé aux pieds par les hommes ».

Aujourd’hui, le sel comparaît devant la Haute Cour de l’Alimentation Saine et doit encaisser le verdict : « Peut nuire gravement à la santé ». Voici le sel au sol et, avec lui, l’image de l’Eglise-sel de la terre !

Inconsciemment, une grande partie de l’Eglise a connu une dévaluation semblable à celle du sel… Certes, dès les débuts, on a su que la valeur officielle de l’Eglise (son étroit voisinage avec les Pouvoirs, l’Argent, les Honneurs) ne se recouvrait pas avec sa valeur profonde (fondations bâties sur la Parole du Père incarnée en Jésus-Christ, communion de frères du monde entier, solidarité avec les petits de toutes sortes…). Certes, l’Histoire a d’emblée attesté de cette tension entre l’Eglise visible et l’Eglise cachée, tension exacerbée il y a exactement 500 ans lors du séisme de la Réformation. La « terre entière », du moins celle connue à l’époque, retrouva de la saveur dans cette attractive religion de la Parole d’Amour. L’Esprit veillait au grain.

De nos jours, l’Eglise-institution et l’Eglise cachée ne se superposent toujours pas suffisamment. Cet état de choses, il ne faut pas le critiquer trop facilement : le christianisme historique devenu chrétienté avant d’être frappé d’anorexie, a porté beaucoup de bons fruits, ne fût-ce que dans le domaine des droits de l’homme ! Mais le réalisme oblige à reconnaître qu’aujourd’hui il se fait « fouler aux pieds » et que ses lieux de culte sont souvent plus savourés pour la qualité remarquable de leurs concerts que pour la saveur piquante de l’Evangile proclamé ! « Affadissement spirituel » notent, sans trop d’innocence, des savants islamiques de Cologne dès 1995…

Est-ce la fin pronostiquée de l’Eglise ? De l’Eglise-institution d’abord, puis de l’Eglise cachée ? Rien n’est moins sûr ! De toutes parts il est signalé que l’Eglise invisible vit intensément … Pour s’en convaincre, il suffit d’observer (voire de partager) les innombrables gestes de fraternité chrétienne (visitation de malades, aide sociale, engagement avec la jeunesse, approfondissement biblique et beaucoup d’autres souvent innovants) qui s’opèrent sans ostentation.

Alors, s’il fallait une image vive pour une Réformation de 2017, pourquoi ne pas prendre celle de l’Apocalypse au chapitre 22 : l’auteur Jean y voit la situation de l’ Eglise dans un monde finalement hostile : un fleuve d’eau vive (la Parole de Dieu) nourrit en permanence l’Arbre de Vie (l’Eglise). Celui-ci est incroyablement sain et fertile : il produit 12 récoltes par an et ses feuilles (sans doute en infusion !) servent à la guérison des gens alentour. Les fruits et les feuilles figurent bien entendu les croyants et leur témoignage quotidien. Cum grano salis (Avec un grain de sel)

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