La foi, expérience intime ou partagée ?

La foi, expérience intime ou partagée ?

Olivier Peterschmitt, philosophe, a imaginé un dialogue entre Philon et Socrate.

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 22 décembre 2017

Philon : La religion est un phénomène social. Elle donne à un peuple le sentiment de son unité à travers des croyances et des rites communs. Ezéchiel aurait dû préciser que c’est le peuple qui choisit d’être le peuple d’un Dieu qui sacralise son territoire et non l’inverse.

Socrate: C’est là notre condition humaine. Sans un rapport à l’espace, sans enracinement, nous sommes perdus. Nous avons besoin d’être habités, d’être rassurés par l’idée de la présence concrète de Dieu dans notre espace de vie. Ne sommes-nous pas des créatures finies en mal de protection et de lieux sacrés ? 

: De toute évidence l’idée de peuple de Dieu est une idée tribale et close. Elle suggère une élection potentiellement agressive à l’égard de tous les autres peuples qui n’ont pas la même conception de Dieu. Les hommes font les dieux dont ils ont besoin pour assurer la cohésion du groupe et sa puissance par rapport aux autres.

S : L’idée de peuple de Dieu est aussi une condition de croissance et d’ouverture. L’individu est enraciné dans les autres qui le portent. Dans un monde où les identités deviennent problématiques, il n’est pas indifférent de savoir qui on est, pour mieux pouvoir rencontrer les différences. C’est le « nous » qui est notre matrice et qui trace un cercle à l’intérieur duquel dialoguer et mûrir.

: Pourtant la modernité, en particulier avec la réforme protestante, a cherché à dépasser cette conception sociale de la religion en cultivant chez l’individu l’idée qu’il doit mener une quête personnelle qui engage sa conscience singulière. 

S : Sans l’appui d’une communauté et le maintien d’une tradition, l’individu ne peut s’engager sur ce chemin personnel. Il reçoit d’abord une langue et une morale qui lui viennent de plus loin. Le fait de vivre dans une communauté qui cultive la mémoire des pères de la foi, à travers la méditation de textes profonds, éveille la conscience d’un Dieu proche et qui nous parle.

Mais si nous sommes éveillés à la quête de Dieu, par la tradition, nous devons aussi nous affranchir d’elle. Les rapports à l’espace, au temps et à la collectivité sont essentiels à la vie spirituelle dans son commencement, mais il ne faudrait pas qu’ils nous empêchent d’accéder à l’universel et à l’absolu. Aucune confession ou communauté religieuse n’enferme la vérité divine. Celles-là sont toujours un organe-obstacle qui éveille et limite notre quête du Dieu qui transcende toutes les limites en nous invitant à entrer dans l’infini que chacun porte en soi.

Dans la même rubrique...

Le désir de guérison du lépreux importun

La guérison du lépreux évoquée dans le chapitre 1 de l'évangile de Marc présente un certain nombre d’aspérités. Explications du théologien Antoine Nouis.

Un contenu proposé par Campus protestant

Humanisme et traductions de la Bible en langues vernaculaires

Le XVIe siècle marque un tournant décisif dans l’histoire de la Bible. L’imprimerie en facilite la diffusion. L’humanisme prône le retour aux sources, donc aux langues et aux manuscrits originaux.

Un contenu proposé par Musée protestant

La faiblesse des médisants

« Aucun malheur n’arrive au juste, mais les méchants sont accablés de maux » Proverbes 12:21

Un contenu proposé par Radio Réveil

Une Bible interactive par et pour les jeunes

Cette nouvelle Bible propose des lieux d’expression ou de dialogue au fil de la lecture.

Un contenu proposé par Le Protestant de l’Ouest

UN CONTENU PROPOSÉ PAR

Le Nouveau Messager

Magazine protestant régional pour les paroisses de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine. Diffusé à plus de 45 000 exemplaires, ce magazine de 32 pages paraît tous les deux mois. Il aborde sous la forme de dossiers, d’entretiens et de mises en lumière la vie de tous les jours, les questions et les réalités de la foi.

Derniers contenus du partenaire