L’autorité selon Paul

L’autorité selon Paul

François Vouga, professeur de Nouveau Testament à Wuppertal, propose une lecture de Paul comme éclairage à l’implication théologique dans la sphère politique.

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Publié le 18 avril 2017

Auteur : François Vouga

La réflexion politique la plus importante se trouve chez Paul. L’essentiel pourrait se résumer en trois thèses. Tout d’abord, l’autorité politique n’est pas reconnue comme une puissance se donnant ses propres règles, mais à partir de la conviction et du constat qu’elle s’exerce toujours au service de quelque chose. Ce quelque chose varie et détermine la forme que prennent l’autorité et l’exercice du pouvoir : une ambition, des peurs, une idée de vérité et de justice, le bien d’un peuple ou de toute l’humanité.

Une pensée critique

On a cru devoir dénoncer le conformisme de l’épître aux Romains : Paul y prescrit de se soumettre aux autorités. L’ordre politique, explique-t-il, se trouve institué par le Créateur au service de la Providence – et donc de l’humanité (Rm 13.1-7). À y regarder de près, on discerne cependant dans l’argumentation de l’apôtre une pensée critique : une autorité légitime ne saurait être fondée, comme servante, que sur un au-delà d’elle-même. Paul ne décrit pas, mais il propose une définition qui donne sens. Parallèlement, l’Apocalypse (Ap 13) dénonce un pouvoir qui s’est dévoyé au service d’une puissance totalitaire, celle du dragon, figure de vide existentiel et de désespoir qui donne forme, exemplaire, à l’idéologie impériale de la mondialisation. On posera donc la question critique suivante : au service de qui, concrètement, l’autorité politique exerce-t-elle son pouvoir ?

Dans la deuxième thèse, on voit que Paul ne défend pas une politique conservatrice, mais affirme le caractère de don providentiel d’une instance politique au service de l’organisation de la vie commune, dans la cité et dans l’État. Son argumentation ne s’oppose pas au changement, aux révolutions ou aux réformes, mais à l’anarchie : l’existence d’une instance publique comme lieu de gouvernance et de débat possible est préférable au libre exercice du pouvoir des plus forts. On posera donc la question critique suivante : comment résister politiquement à l’emprise anarchiste du « moins d’État » ?

Une reconnaissance réciproque

Enfin, l’image du corps social développée par Paul (1 Co 12 et Rm 12) a fourni le fondement de la tradition démocratique occidentale avec comme principes que chaque être humain est reconnu comme personne indépendamment de ses qualités et que le corps social est fondé sur l’universalité d’une reconnaissance réciproque.

D’un point de vue politique, cela veut dire que tous les membres du corps sont indispensables à son bon fonctionnement. Fonctionnement qui présuppose le respect mutuel de tous les membres, étant entendu que la diversité des membres est une condition nécessaire de l’unité du corps. Ces membres ont tous les mêmes responsabilités et les mêmes droits, même si l’universalité de la reconnaissance universelle requiert une attention particulière aux membres les moins considérés.

Dans quelle mesure, pourra-t-on se demander, une démocratie qui reconnaît chacun(e) comme citoyen(ne) également responsable de la cité (Paul, Rousseau) résiste-t-elle aux sélections des systèmes électoraux et permet-elle l’éligibilité et la participation active de chacun(e), et comment s’immunise-t-elle contre son instrumentalisation par les partis et son parasitage par les intérêts propres des médias ? Ne devrait-elle pas revaloriser le système athénien et néotestamentaire du tirage au sort ?

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