Le jour se lève encore

Clé de voûte de la foi chrétienne, la mort et la résurrection du Christ posent question à beaucoup, y compris parmi les chrétiens. Dans cet article, deux théologiens nous aident à comprendre ces réalités qui semblent parfois bien théoriques.

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Publié le 28 mars 2016

Auteur : Patricia Rohner-Hégé

Ils sont tous deux dogmaticiens, c’est-à-dire des spécialistes de ce que croient les chrétiens. Ils enseignent aux Facultés de théologie de Strasbourg, Marc Vial chez les protestants et Michel Deneken chez les catholiques, (il est aussi 1er vice-président de l’Université de Strasbourg). Ils nous aident à comprendre, dans notre siècle de l’interreligieux et de l’interculturel, l’expression « Jésus Christ, mort et ressuscité pour moi. »

Jésus Christ devait-il mourir ?

M. Vial : Vous faites sans doute référence aux multiples « Il faut » de l’évangile de Luc (« Il faut que le Fils de l’homme souffre… »). Spontanément, cela colle mal à l’idée d’un Dieu libre, à qui aucune nécessité ne s’impose. J’y vois donc plutôt la volonté du Christ de se laisser déterminer par la volonté de son Père, une volonté de salut. Ce salut se réalise dans le choix de Dieu de rencontrer l’homme jusque dans les tréfonds de sa condition, y compris le péché et la mort.

M. Deneken : Oui il devait mourir, comme vous et moi, puisqu’il était un homme ! Les chrétiens orientaux parlent du « petit » abaissement de Dieu : sa mort sur la croix ; et du « grand » abaissement de Dieu : son incarnation. En Jésus, Dieu a choisi d’être un homme, pas un demi-dieu grec ! La mort faisait donc partie du programme.

Il aurait pu mourir de vieillesse. Là, il s’agit d’une mort particulièrement ignoble…

M. Deneken : La croix ne m’intéresse qu’en tant que croix de Jésus. L’apôtre Paul, en tant que Romain, savait que le châtiment noble, c’était la décapitation. La croix, c’était l’infamie. Dieu qui s’identifie à un réprouvé, à un maudit, c’est déjà énorme. Mais le plus grand scandale, à mon sens, c’est le tombeau ouvert ! Les morts ne sont plus tranquilles, toutes les injustices faites aux migrants, aux pauvres, aux méprisés ne peuvent plus se cacher. La résurrection implique réparation !

M. Vial : Dieu n’est pas ce tortionnaire pervers qui prend plaisir à l’effusion du sang de son fils. C’est là une mécompréhension de la notion de sacrifice. Ce qui ‘satisfait’ Dieu, ce n’est pas la souffrance du Christ, mais sa libre obéissance à la volonté salvifique divine, qui va jusqu’au sacrifice de sa propre vie.

Comment comprendre le mystère de la résurrection ?

M. Deneken : Quand Paul rédige sa lettre aux chrétiens de Corinthe, les évangiles n’existent pas encore et la plupart des juifs ne croient pas en la résurrection. L’apôtre, dans le chapitre 15, explique une nouveauté conceptuelle ! Il ne parle pas seulement en théologien mais en métaphysicien. Il part de son observation de la nature et nous dit en substance : la résurrection, ça existe car ça fait partie de la biologie ! Ce n’est pas un viol de la nature.
Et Paul précise, pas à pas, que « ce que nous semons ne prend vie qu’à condition de mourir », à l’image du grain de blé qu’on met en terre. Ainsi, nos « personnes» (il n’utilise pas l’expression grecque sarx, la chair, la viande, mais le mot soma qui signifie la personne toute entière) sont semées corruptibles, méprisables, faibles, animales et elles ressuscitent incorruptibles, glorieuses, pleines de force et spirituelles. Je comprends de ce passage que nous sommes des êtres en voie de spiritualisation et que ce processus fait partie intégrante de la logique du vivant.

M. Vial : Dieu est celui qui appelle à vivre ce qui n’existe pas. Selon Paul, toujours, mais dans sa lettre aux Romains (4.17), il faudrait lier résurrection à création nouvelle. Le projet créateur de Dieu, c’est un projet de vie pour l’humain. C’est pourquoi la résurrection de Jésus est promise à tous.

Qu’est-ce que cela change pour notre propre rapport à la mort et notre « dur métier de vivre » de savoir que le Christ est « le premier-né d’entre les morts » ?

M. Deneken : Nous avons du chemin à faire pour « rapatrier » la dimension pascale dans notre quotidien. Le christianisme n’est pas une religion de la consolation mais du dépassement. Dans l’existence, entre le méprisable et le glorieux, il y a les petites morts du quotidien (tout ce qui s’étiole en moi, qui vieillit, à quoi je dois renoncer…) comme la grande mort finale. Ce que la foi pascale nous montre, c’est que Dieu met de la vie là où il y a mort.

M. Vial : Il est important de penser cette victoire en dehors de tout triomphalisme car elle ne dispense pas de l’effroi, de la douleur, de la tristesse. La foi en la résurrection modifie la perception de mon existence. Elle induit une espérance et c’est toujours aujourd’hui que j’espère, surtout quand il n’y a plus aucun espoir. Elle me dit que rien, même la mort, ne peut me séparer de l’amour de Dieu ! Je peux bien me couper de Dieu, mais je ne peux pas faire qu’il se coupe de moi…

C’est bien beau, mais quand je suis malade, au chômage, en grande difficulté…

M. Deneken : Nous avons une conception trop statique de la foi ! Qu’est-ce que je travaille en moi pour penser la mort, ma mort, celle des autres ? La foi, la confiance (étymologiquement, c’est la même chose !), c’est un véritable travail d’enfantement. Apprivoiser notre propre mort n’a rien de morbide. C’est magnifique de savoir que la vie se poursuit après soi !
On peut se plaindre toute sa vie, se poser en victime des événements. Je préfère faire le pari de la confiance. Car qui n’a pas envie d’être comme Jésus, cet être solaire ? Dans l’Eglise, il y a trop de saules pleureurs et pas assez de pins parasols. Ce qui nous manque, ce ne sont pas les discours, c’est la crédibilité. L’Evangile de la résurrection, c’est l’affirmation de la vie !

M. Vial : La foi fait partie, avec l’espérance et l’amour, des trois vertus théologiques essentielles. Une vertu, par définition, ce n’est pas un pli que l’on a, mais un pli que l’on prend, ça se travaille. Ce n’est pas parce que la foi est un don de Dieu que nous n’avons rien à (en) faire. Il nous revient au contraire à apprendre que nous ne croyons jamais que malgré: malgré ce qui nous arrive, rien ne peut compromettre la décision de Dieu d’être à nos côtés.

Ressusciter ou se réincarner ?
Pour beaucoup, bien souvent, ces deux notions se recoupent. Pourtant, précise Michel Deneken, dans le bouddhisme, la réincarnation n’est pas une valeur positive : en me réincarnant, je retombe dans la douleur et j’ai raté le nirvana !
Sur un plan biblique, Marc Vial rappelle que chacun de nous est unique, a une histoire, un corps, un nom. Et Dieu nous connaît et nous appelle par ce nom-là. C’est notre personne entière, avec son corps, qui est promise à la résurrection. Seconde différence : la résurrection biblique n’est pas opérée par une puissance aveugle ou une loi générale de l’univers, mais par Dieu le Père. Et ça change tout !

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