Le pardon sur la table

Le pardon sur la table

Dans la Bible, les repas occupent une place prépondérante. Dans le Nouveau Testament, avec Jésus, les repas deviennent des lieux privilégiés d’annonce et d’anticipation du Royaume de Dieu.

Un contenu proposé par Paroles Protestantes - Paris

Publié le 25 mars 2016

Auteur : Christophe Jacon

Il est coutume de dire que, dans la Bible, il y a plus de repas que de prières… Ce qui est certain, c’est que, pour Jésus, les repas ne sont pas là uniquement pour se restaurer. Ils sont de vrais moments relationnels et spirituels. C’est pour cela qu’il y a attaché tant d’importance. Au point de se faire traiter de « glouton » et « d’ivrogne » (Luc 7.34) par ceux qui imaginaient et attendaient un Messie éthéré et distant de la chair et du monde.

L’amour pour tous

Le partage du repas n’est cependant pas qu’un simple moment de convivialité. Pour Jésus, c’est l’occasion de participer à la vie des hommes : de prendre le pouls du monde. D’accomplir le cœur de sa mission : manifester l’amour de Dieu pour l’humanité ! Et celui-ci n’a pas de restriction. Il n’y a pas de frontière délimitant les personnes qui peuvent y avoir accès et ceux qui en seraient exclus… de fait. La Cananéenne, en Matthieu 15, le lui rappellera. Alors qu’elle venait réclamer un peu de pitié pour sa fille, Jésus lui répond, avec beaucoup de mépris : il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le jeter aux petits chiens. Ce à quoi elle réplique : c’est vrai, Seigneur ! et justement les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. Une manière de dire que l’amour de Dieu n’est pas exclusif, car ce que je donne à l’un, je n’en prive pas l’autre. Tout au long de son ministère, Jésus manifestera concrètement cette universalité sans conditions de l’amour du Père, allant partager son pain avec tout un chacun, quel que soit son statut, son histoire et son vécu.

Le pardon des péchés

Jésus se rend notamment à la table de Lévi et de Zachée, tous deux collecteurs d’impôts. Or de telles personnes étaient honnies par les Juifs pieux. À chaque fois que Jésus mangeait chez ces péagers, les Pharisiens et les Scribes s’écriaient, scandalisés : cet homme-là fait bon accueil aux pécheurs et mange avec eux ! (Luc 15.2 ; 19.7). Parce qu’ils étaient au service de l’occupant romain, et donc peu respectueux des règles et des rites de pureté juifs, ils étaient considérés comme « impurs » et leur fréquentation rendait impur. En allant s’asseoir à leur table, Jésus fait voler en éclat les règles de pureté. Il déplace sa frontière ! La pureté ne se situe plus au niveau des aliments, pris ou bannis, des mains, lavées ou propres ou des assiettes, rituellement purifiées, mais au niveau du cœur. Les repas sont des appels pour les pécheurs à la conversion.
C’est comme cela qu’ils le vivent d’ailleurs ! Zachée, par exemple, fait don de la moitié de ses biens aux pauvres et accepte de rendre le quadruple à celui à qui il a fait du tort. La présence même de Jésus à la table des rejetés de la société est vécue, par eux, comme une manifestation du pardon de Dieu à leur égard. Ainsi, comme l’a souligné J. Jérémias en son temps : les repas pris par Jésus en compagnie des publicains et des pécheurs n’expriment pas seulement (…) sa largeur d’esprit et sa compréhension à l’égard des victimes du mépris ; le sens de son geste est plus profond encore : ce sont des banquets eschatologiques, des prémices du festin de salut des derniers temps. Puisque là où Jésus se trouve, là se manifeste le Royaume, les repas du Nazaréen sont autant d’anticipation du banquet des derniers jours où se côtoieront à la même table Abraham, Isaac, Jacob et des milliers d’autres personnes venant du Couchant et du Levant.

Les codifications sociales

Par ses repas, Jésus s’attaque non seulement aux règles rituelles du pur et de l’impur mais aussi aux codifications sociales qui régissaient ces moments de partage et de rencontre. Ainsi, contrairement à la tradition juive qui privait les femmes de l’enseignement de la Torah et les dispensait d’une part importante de ses prescriptions (elles ne pouvaient porter les tephillim, par exemple, ou réciter le shema Israël, la plus ancienne et la plus importante des confessions de foi juives), Jésus, lui, les accueille à sa table (même si, bien souvent, celle-ci devait être champêtre). Tout porte à croire en effet que Jésus avait l’habitude de prendre ses repas avec le grand cercle de ses auditeurs*. Cela signifie que les femmes qui le suivaient (sans doute en nombre, séduites par le message libérateur qu’il portait) partageaient également son pain. Dans ces moments privilégiés d’enseignement que représentaient les repas, comme en dehors, Jésus employait un langage accessible aux hommes et aux femmes de son temps. Chacun, chacune pouvaient s’y reconnaître : chacun y était interpellé. C’est pourquoi certaines paraboles sont comme doublées. La première visant plus particulièrement le public masculin (Luc 15.3-7 et l’histoire de la brebis retrouvée), et l’autre l’auditoire féminin (Luc 15.8-10 et la parabole de la pièce retrouvée). En outre, Jésus s’attaque à la bienséance hypocrite qui pouvait régner lors des repas ; une bienséance selon laquelle seuls les riches susceptibles de rendre l’invitation étaient invités et qui donnait à chacun une place précise selon son statut social. Parce que le repas est le signe par excellence du Royaume qui vient, il ne peut pas reconduire les inégalités et les injustices du système en place.

La Cène

Le dernier repas que Jésus partage avec ses disciples (et sans doute aussi avec les femmes qui le suivaient comme l’indique les Constitutions ecclésiastiques des apôtres, un document du IVe siècle), et qu’il nous invite à reproduire en faisant mémoire de lui, récapitule toutes les facettes des repas qu’il prenait. Il est célébré pour les pécheurs que nous sommes. Qui que nous soyons, nous y sommes conviés au même titre : celui de fils et de filles de Dieu. Chacune et chacun peut y réentendre l’amour dont il est aimé inconditionnellement. Ce faisant, ce repas anticipe et annonce le Royaume du Père… jusqu’à ce qu’il vienne.

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