Les mots de la crise de foi

Les mots de la crise de foi

Au milieu des années 1960, André Dumas, pasteur et professeur de philosophie et de morale, consacre un cours à la faculté de théologie protestante à l'herméneutique de l'athéisme.

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Publié le 29 janvier 2015

Auteur : Stéphane Lavignotte

Athéisme, mal-croyance, croyances des incroyants… Différents mot pour décrire le paysage.

Dans les années 60, l’actualité est au dialogue avec l’existentialisme et le marxisme qui dominent les débats intellectuels. Ces deux pensées sont les grandes familles du moment de l’athéisme, les plus construites. Elles ont en partie pris le relais du vieux positivisme d’Auguste Comte pour qui n’existe que ce qui peut être vérifié. Toutes ces pensées sont militantes contre l’existence de Dieu. L’athéisme est une anti-théologie, une philosophie construite qui développe – souvent de manière militante – les raisons de ne pas croire.
Mais pour André Dumas, ce qui émerge alors – et a sans doute pris de l’ampleur aujourd’hui – ce sont deux phénomènes : la mal-croyance et la croyance des incroyants.

La mal-croyance manifeste que la ligne de démarcation entre croyants et incroyants n’est plus précise. « Il y a beaucoup de frontaliers, qui la franchissent facilement, qui ne savent plus où est leur patrie » écrit-il. La foi est devenue une « inévidence ». Certains s’installent dans cette zone d’incertitude. D’autres ramènent la transcendance dans l’immanence, Dieu est d’abord dans la réalité de ce monde-ci, cela pouvant aller jusqu’à un athéisme chrétien.

L’autre nouveauté qui lui semble émerger est la croyance des incroyants. Il en désigne plusieurs tendances. Pour les uns, la vie n’a pas de sens, elle est absurde même si elle est bonne à vivre : il faut se résigner à l’univers tel qu’il se présente. D’autres (rejoignant l’existentialisme) pensent que la vie a le sens qu’on lui donne : elle dépend de notre liberté. Pour d’autres, elle a un sens immanent, dans ce monde, il faut le capter : plaisir, « plus-être », promotion de l’homme. Enfin, certains pensent que la vie a bien un sens transcendant, comme en témoigne les appétits d’absolu cachés en chacun, mais l’homme est condamné à l’ignorance quant au but de sa vie. Cette tendance peut aller de pair avec la recherche de nouvelle croyance. La recherche d’un but dans le vécu de cette vie-ci va assez bien avec le succès actuel des méthodes de méditation issues du bouddhisme comme la « pleine conscience » qui permettent de faire reculer le stress de la vie, donne un sentiment de lien avec un monde plus grand que soit, sans être obligé de croire à une transcendance liée à une Église.

Comment situer ce qu’on appelle l’agnosticisme dans ce paysage ? Littéralement cela signifie : « je ne sais pas ». Il rejoint la croyance des incroyants et la mal croyance, en particulier quand l’agnosticisme va avec une recherche personnelle de quelque chose qui a du sens pour la personne mais en dehors des choses enseignées par les religions. Il peut être une attitude d’absence de certitude assumée comme allant avec de l’indifférence : je ne sais pas mais ça ne m’intéresse pas, ça ne me manque pas de ne croire en rien. Cette attitude n’est-elle pas la plus répandue aujourd’hui ?

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