Les mystères du ciel

Les mystères du ciel

Regarder le ciel, s’émerveiller devant les étoiles, rêver de voler sur un nuage ou encore s’envoler dans l’espace… Depuis que l’être humain tient debout, sa soif de prendre de la hauteur et de percer les mystères de l’infini n’est pas étanchée.

Un contenu proposé par Le Nouveau Messager

Publié le 27 décembre 2016

Auteur : Fabienne Delaunoy

Et si la période de Noël, où les chrétiens célèbrent Dieu fait chair, était propice à s’intéresser à ce qui semble à la fois si loin et si proche ? Non pour fuir la réalité souvent difficile de la vie, mais pour mieux la prendre à bras le corps…

La volonté de conquérir le ciel se concrétise dans les découvertes scientifiques, les missions spatiales et l’abondante œuvre littéraire et cinématographique. « Aller au-delà de ce que nous voyons est le signe d’un désir profond, selon Pierre Léna, astrophysicien, professeur émérite à l’université Paris-Diderot et membre de l’Académie des sciences. Il y a eu les premiers Hommes qui ont quitté l’Afrique pour s’installer en Europe et en Asie, Christophe Colomb qui a voulu rejoindre les Indes par l’Ouest, les Américains qui ont marché sur la Lune, … » Frédéric Rognon, théologien et professeur de philosophie à l’université de Strasbourg, remarque que «l’imaginaire a toujours été à l’œuvre chez l’être humain. Il aimerait découvrir d’autres mondes, d’autres êtres ; c’est une forme d’utopie dans le bon sens du terme ». 

Science et foi en dialogue

L’Homme lève aussi les yeux pour trouver des réponses à sa place sur Terre et la manière dont le monde tourne. Pour appréhender ces questions, l’astrophysicien et le philosophe estiment que science et religion sont complémentaires mais relèvent de deux dimensions bien distinctes. Pour Pierre Léna, « la science recherche la vérité sur la nature tandis que l’expérience spirituelle cherche le bien ultime qu’est Dieu ». Ce que rejoint Frédéric Rognon : « La science répond à la question ‘comment ?’ quand la Bible répond à la question ‘pourquoi ?’ Et notamment la raison de notre présence qui n’est pas le fruit du hasard mais résulte de l’intention divine qui est une intention d’amour. » Ces deux dimensions sont « essentielles à l’être humain, poursuit l’astrophysicien. Se limiter à l’une, c’est s’appauvrir. Jamais la science ne nous dit ce qui est juste et injuste, en revanche elle cherche à dire ce qui est plus véridique, ou l’est moins. L’être humain, mortel, ne trouve pas de réponse auprès de la science sur la finitude et le mal.» Frédéric Rognon rappelle, quant à lui,  que la Bible n’est pas un traité scientifique et que les théologiens ont pu soutenir des « vérités » sur la création que la science a infirmées par la suite. « C’est bénéfique car cela permet de se recentrer sur le message essentiel  de la Bible qui est l’amour de Dieu et le sens de notre vie. » Le philosophe pense aussi que la science permet de chasser l’illusion de se croire « élus » : « Nous avons tendance à nous envisager seuls dans l’univers ; la science nous permet davantage de contemplation et d’humilité. Théologiquement, cela ne me pose pas de problème que Dieu ait pu faire d’autres mondes. Cela montrerait que la souveraineté de Dieu dépasse notre humanité et serait une manière de ne plus nous accaparer Dieu comme l’enfant unique le ferait avec ses parents ». Cette question d’humilité est également chère à Pierre Léna : « Comme l’affirmait Pascal, nous sommes tout petits dans un infiniment grand, mais notre grandeur est notre capacité à le penser et le comprendre ».

Pour une science éthique

Car la tentation démiurgique est sans doute propre à l’être humain. Même si Pierre Léna et Frédéric Rognon se rejoignent sur le fait que la science permet d’être au service de l’être humain, le philosophe se demande dans quelle mesure celle-ci est dépendante de la technique et si elle ne perd pas en sagesse avec les progrès accomplis. « On veut trouver un autre monde meilleur que le nôtre au lieu de l’améliorer. La conquête spatiale répond à un questionnement de l’Homme sur ce qu’il est. Mais elle peut aussi être une fuite en avant, une façon de ne pas prendre ses responsabilités envers son prochain ».  Et le théologien de s’interroger sur la mise en œuvre de cette envie de se prendre pour Dieu : « Même si c’est légitime d’y accorder des crédits financiers, la recherche spatiale, qui sert aux intérêts de quelques gouvernements ou de groupes privés, représente un gouffre financier. Cet argent pourrait servir aux plus démunis ». Pierre Léna, tout en contestant ce jugement porté sur l’aventure spatiale, confirme la tentation de l’hubris (1) technologique : « La science a donné un formidable pouvoir sur la réalité. Quand Robert Oppenheimer, le physicien qui a dirigé les recherches sur la mise au point des premières bombes atomiques, a vu Hiroshima, il s’est mis à douter, énonçant que la science ‘avait connu le péché’. Nous avons plus que jamais besoin de valeurs et d’éthique pour prendre en considération l’Homme. »

Devant ce constat, l’astrophysicien rappelle la place prépondérante de l’émerveillement devant l’infini : « Plus nous faisons des découvertes, plus cela provoque des questions, c’est un puits insondable. Nous n’épuiserons jamais la richesse de la réalité. Des choses tellement prodigieuses sont découvertes ; nous avançons dans un océan infini où la pêche est miraculeuse. » Au-delà de la découverte, Pierre Léna rappelle que bon nombre de scientifiques font l’expérience singulière de la transcendance : « L’expérience scientifique et l’expérience spirituelle peuvent se retrouver dans la contemplation du mystère.»

 

(1) L’hubris : chez les Grecs anciens, tentation de démesure ou de folie impudente des Hommes, tentés de rivaliser avec les dieux.

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