Pâques, scruter l’invisible

La vie de Jésus, dont la Résurrection, a inspiré d’innombrables artistes de tout temps et de toutes disciplines. Le défi de représenter l’indescriptible oriente notre regard et notre foi.

Un contenu proposé par Paroles Protestantes - Paris

Publié le 25 mars 2016

Auteur : Christine Leis

« Il n’est pas ici »

Fra Angelico peint le moment où un ange délivre aux femmes venues embaumer le corps de Jésus, ce message qui peut être considéré comme le cœur battant de Pâques : Il n’est pas ici. Saint Dominique en prière à gauche du tableau rappelle que le peintre appartenait à son ordre. Devant lui se tient l’ange, assis sur le bord du tombeau, un sarcophage de pierre dont le couvercle gît à terre. D’un doigt, il désigne le Christ qui, effectivement, n’est déjà « plus ici », c’est-à-dire dans le cercueil vide que désigne son autre main. Fra Angelico a représenté une sorte de « présence/absence » : en effet, on peut voir plus haut le Ressuscité en gloire, tenant le drapeau de la victoire, dans une mandorle éblouissante, contrastant avec le ciel très sombre du petit matin. Mais le bas de son corps se dilue dans des traînées nuageuses horizontales qui le séparent du registre inférieur du tableau : déjà, il n’est plus de ce monde.

« Il vous précède »

Les femmes sont au nombre de quatre : les évangélistes ne s’accordent ni sur le nombre des femmes ni sur leur nom. Le peintre a choisi de représenter toutes celles qui sont nommées. Trois d’entre elles sont groupées sur la droite, tenant les vases d’aromates désormais inutiles. L’une semble triste, celle de derrière esquisse un sourire, la troisième, perplexe, regarde dans le tombeau : impossible de dire qui est qui. Mais la quatrième, au centre, ne serait-elle pas Marie de Madgala présente dans les quatre évangiles ? Chez Jean, elle se baisse pour regarder dans le tombeau (20.11). Fra Angelico la peint, la main en visière, pour mieux scruter le tombeau.
Mais plus qu’une illustration pure et simple de l’inquiétude de Marie, cette attitude est une invitation à une foi qui, allant plus loin que le visible et le démontrable, sait scruter l’invisible. Marie est juste au centre du tableau, exactement au droit du Christ qui la surplombe : ne serait-elle pas le pendant féminin de ce mystérieux « disciple bien-aimé », qui traverse le 4e évangile comme un modèle de foi, et qui pourrait être… vous et moi ? Malgré les apparitions, la Pâque de Fra Angelico nous dit qu’il faut désormais vivre d’absence, de recherche… Il vous précède en Galilée, déclare l’ange. La rencontre aura bien lieu. Mais cette précédence est l’image d’un Christ qui restera toujours devant pour nous obliger à aller plus loin, la main en visière, scrutant les traces du passage de Celui qui est à la fois présent et ailleurs…

Représenter l’indicible

Par-delà l’inspiration particulière des artistes, la représentation de la Résurrection comporte des constantes. Les gardes dorment ou tombent d’épouvante ; le Ressuscité émerge, non d’un tombeau creusé dans le rocher, mais d’un cercueil de pierre. Tenant un drapeau de victoire, il pose triomphalement un pied sur le bord du cercueil, comme pour « écraser » la mort. Il est peu vêtu, d’une toge au drapé savant, qui laisse apparaître ses plaies. La gloire éblouissante qui entoure le Ressuscité dans certains tableaux, comme celui de Matthias Grünewald*, où le visage est littéralement « bu » par la lumière, n’empêche pas de se poser la question : ce corps, ses attitudes, ces détails, ne sont-ils pas trop illustratifs d’un événement indicible dont les évangiles ne nous disent rien, sinon le résultat : « il est ressuscité » ?
Mais voici encore Marie de Madgala : elle tente d’« attraper » celui qu’elle a maintenant reconnu comme le Christ. Mais ce dernier répond Ne me touche – ou ne me retiens – pas ! (Jn 20.16-17). Pas plus que la mort, les hommes ne peuvent l’empêcher de se lancer vers un ailleurs, sur une route exigeante, où il faut le suivre. Il faut sortir du tableau, quitter le cimetière, car c’est la vie qui appelle.

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