À combien chiffreriez-vous ce que l’État vous devrait si vous perdiez votre enfant dans un accident tragique ? C’est une des questions qui se posent, à la suite de l’incendie du bar Le Constellation (Crans-Montana, Valais, 1er janvier 2026) qui a coûté la vie à 41 personnes.
On aime à dire qu’aucune somme ne peut combler la perte d’une vie. Pourtant, ces décès ont un coût : frais de justice, souffrances psychiques, soins, etc. Victimes et survivants peuvent également réclamer une indemnisation pour tort moral. Nos lois prévoient des mécanismes de réparation et de solidarité –même si ceux-ci sont souvent difficiles à appliquer.
La mort d’une personne a donc bel et bien un coût. Une loi de la Torah l’illustre : lorsque l’on découvre le corps d’une personne assassinée, mais que l’on ne peut identifier de coupable, le peuple doit réaliser un rituel comprenant sacrifice animal, purification et demande de pardon à Dieu (Deutéronome 21,1-9). La vie d’une personne est si précieuse que même dans une situation où les responsabilités ne peuvent être attribuées, une réparation doit avoir lieu : une dette reste ouverte.
En régime de foi chrétienne, on aimera peut-être à dire que cette loi tombe sous le coup de celles qui sont abolies, définitivement accomplies par le sacrifice du Christ (Hébreux 10,1-10). C’était d’ailleurs un pas fondamental en direction de la sécularisation du droit et des mécanismes pénaux. Et pourtant, l’énergie dépensée dans la procédure juridique, mais également l’attention médiatique et diplomatique dont fait l’objet cet incendie, montrent la persistance de la dette.
Quelle réponse la foi chrétienne a-t-elle à offrir au drame que constitue la perte d’une vie, lorsque la procédure de réparation est – à juste titre – entièrement sécularisée ?
Elio Jaillet, chargé des questions théologiques en Église, pour « L’œil de Réforme »
