La période des fêtes vous a peut-être donné l’occasion de (re)croiser vos amis. Des retrouvailles qui ont parfois le goût d’un passage obligé. Ou bien, à la faveur des vœux, vous vous êtes trouvé embarrassé pour répondre à ce message qui vous souhaite « une merveilleuse année », mais dont vous ne savez plus très bien à qui il appartient. Le travail, les activités extra-professionnelles et maintenant les réseaux sociaux nous mettent en contact avec des centaines de personnes. Peut-on pour autant dire qu’il s’agit d’amis ? Et à partir de quel moment doit-on poser des limites à ces relations obligées ?

On dit souvent des amis qu’ils forment une famille que l’on s’est choisie. Mais quand ce cercle amical devient aussi pesant que le cercle familial, doit-on se forcer ?

Si l’amitié ne devrait pas relever d’un calcul, on a le droit de privilégier ceux de nos amis qui nous font du bien – et réciproquement. Et des relations amicales nourrissantes, ça s’entretient – et encore plus lorsqu’on a un rythme de vie trépidant. Quitte à choisir nos amis, autant garder les bons !

L’amitié qui fait du bien

Si vous considérez vos amis les plus proches, demandez-vous si votre relation coche certaines valeurs partagées :

– L’authenticité

Elle est la base de toute amitié. Avec ses amis, on peut être soi-même, sans masque ni artifice, et sans peur du jugement. Oser se montrer parfois vulnérable en présence de ses amis invite l’autre à faire de même, pour instaurer une confiance mutuelle.

Concrètement, cela signifie partager ses véritables centres d’intérêt, sans forcément être d’accord sur tout, exprimer ses opinions avec respect et ne pas hésiter à montrer ses faiblesses. L’amitié authentique se nourrit de nos imperfections partagées autant que de nos réussites célébrées ensemble.

– La présence et l’écoute réelles

Quand tout le monde manque de temps, offrir sa présence est un cadeau précieux et savoir écouter l’autre – écouter « vraiment » – devient un superpouvoir relationnel. L’écoute active va bien au-delà du simple fait d’entendre sans parler : elle implique une attention totale, des questions pertinentes sans être inquisitrices et une empathie sincère (le blog vous aide à réviser cette capacité au travail, dans cet article). Et ceci suppose de ranger son téléphone pour permettre une qualité d’attention qui crée un espace sécurisant où l’amitié peut s’épanouir naturellement.

– La réciprocité

On ne cultive pas une amitié par intérêt unilatéral. Une amitié saine repose sur un équilibre délicat entre donner et recevoir, sans pour autant compter les points. Cette réciprocité ne nécessite pas une comptabilité stricte, car elle s’entend dans la durée : parfois, nous soutenons, parfois c’est l’autre qui nous soutient. Si l’on a l’impression de plus s’investir dans une relation que notre/nos ami(s), il est sain d’en parler pour ne pas que ce déséquilibre crée de frustrations qui risquent de détériorer la relation.

– Un temps de qualité ensemble

Les amitiés se construisent et se renforcent par le temps partagé et le vécu commun. Mais il ne s’agit pas seulement de quantité. La qualité de ces moments compte tout autant, sinon plus. Organiser des activités qui permettent de vraies conversations, créer des rituels communs, ou simplement être présent dans les moments importants de la vie de l’autre sont autant de manières de rendre l’amitié concrète, palpable. On peut s’inventer des rendez-vous d’amitié : un café mensuel, une promenade hebdomadaire ou un voyage annuel ensemble. L’important est de créer des occasions régulières de rencontres authentiques, loin des impératifs ou des distractions du quotidien.

– La saine gestion des conflits

Sur la durée, il est impossible de toujours « bien s’entendre ». Les moments de désaccords et de tensions font partie intégrante de toute relation humaine. Dans l’amitié, savoir traverser ces crises conditionne souvent la profondeur et la durabilité du lien. Les crises existent et elles sont la plupart du temps transitoires. Attention cependant à la tendance à minimiser les conflits, pour faire en sorte que tout aille bien. Il y a toujours l’un des deux qui se sent en décalage. Au lieu d’un déni assumé, la communication claire est le meilleur moyen d’éviter les malentendus – et de sauver une amitié qui battrait de l’aile.

Cela suppose parfois d’oser exprimer ses besoins clairement, de poser certaines limites quant à ce qui nous convient ou non, d’accepter les différences de points de vue, et de chercher des solutions ensemble plutôt que de vouloir avoir raison à tout prix. Les amitiés qui survivent aux épreuves en sortent généralement renforcées.

– La célébration des succès sans jalousie

Une amitié nourrissante se caractérise par la capacité à se réjouir sincèrement des réussites de l’autre, dans une forme de « générosité émotionnelle ». Elle n’est pas toujours facile à exprimer, surtout quand nous traversons nous-mêmes des difficultés. Adopter cette attitude sincère et désintéressée demande parfois un travail sur soi pour dépasser nos propres frustrations ou déceptions. Mais les amitiés où règne cette générosité mutuelle deviennent des sources inépuisables de joie et de motivation.

– Le respect des évolutions

Une amitié qui dure sur plusieurs années – voire décennies – inclut deux individus qui eux-mêmes changent. Les amitiés authentiques respectent les évolutions de vie de chacun. Accepter qu’un ami déménage et s’éloigne géographiquement, change de situation professionnelle ou personnelle et devienne moins disponible fait partie d’une certaine « maturité relationnelle ». Les amitiés véritables s’adaptent à ces évolutions, même si elles se traduisent par une diminution de la fréquence des contacts. La profondeur d’un lien amical peut résister aux distances géographique ou temporelle.

Et quand la relation n’est plus nourrissante ?

Une relation amicale nourrissante et équilibrée nous permet de nous sentir compris, accepté de manière inconditionnelle, soutenu, joyeux, utile, vivant… Mais il arrive que certaines amitiés s’épuisent, se vident de tout contenu, se transforment avec le temps, ou deviennent carrément toxiques. S’accrocher à tout prix, au prétexte de la longévité ou de la fidélité est une illusion. Parfois il faut se l’avouer à soi-même et se résoudre à prendre de la distance, voire de mettre fin au lien. Non pas par rejet de l’autre, mais par respect de soi. Oui, on peut aussi divorcer de ses amis. C’est un déchirement, mais parfois aussi une libération.

Reconnaître qu’une relation ne nous fait plus grandir, voire nous étouffe, c’est aussi faire de la place à d’autres rencontres, d’autres possibilités.

A chacun de trouver la manière qui lui paraît la plus respectueuse du temps passé ensemble : éloignement discret, explication claire ou rupture tranchée.

Cultiver des amitiés nourrissantes demande autant de délicatesse que le jardinage : un peu de patience, une attention régulière et l’adaptation aux saisons de la vie. Certaines pousses ne grandissent plus, d’autres donnent des fleurs magnifiques dont on est fier, et quelques-unes deviennent des arbres qui nous accompagnent toute notre existence et auprès desquels il fait bon s’asseoir.