Dans une vidéo, une très jeune femme brandit fièrement un tote-bag dans lequel elle a placé, pêle-mêle, un livre, un carnet, un stylo, des mots croisés, et même un livre de coloriage et des crayons… Le sac d’une lycéenne des années 1980 ? Pas du tout, c’est un analog bag. Cette tendance est en train de devenir virale, en particulier sur Tik Tok. Oui, paradoxalement c’est sur un réseau social (et parmi les plus addictifs) que la croisade se mène contre la tyrannie du tout digital. Les 15-25 ans entrent en réaction contre la furieuse envie de scroller en permanence, en se créant un kit de survie rempli d’activités qui reposent le cerveau et mobilisent leur créativité autrement. A dégainer dès qu’un moment de calme survient, et avec lui la furieuse envie se de ruer sur son téléphone.
Il faut dire qu’il est difficile aujourd’hui de se passer d’un téléphone mobile : réserver un billet de train, valider son titre de transport, commander un taxi, connaître la météo, enregistrer un rendez-vous, écouter un podcast…
Les écrans sont devenus la réponse réflexe à tout : s’instruire, s’amuser, s’informer, acheter, louer, mais surtout se distraire dès que l’on s’ennuie. Or, les contenus digitaux sont très peu reposants. Tout au contraire, ils provoquent une sur-stimulation du cerveau, une hypervigilance et un appauvrissement de notre capacité à récupérer. On pense se détendre à bon compte alors que le cerveau n’est jamais vraiment en pause, et que cette agitation permanente entame ses facultés cognitives : attention, concentration, mémoire, créativité…
Les activités analogiques ne sont donc pas que des loisirs sympas, ce sont des alternatives qui permettent de réguler le stress, l’attention, la charge émotionnelle – avec des effets bénéfiques sur le sommeil.
Retour vers le passé
Autorisez vous un délicieux come back au goût de déjà-vu – ou suivez les plus jeunes. Pour repasser à l’analogique, plusieurs possibilités peuvent être envisagées :
– Revenir aux appareils qui ont des fonctionnalités monotâches
Notre téléphone est un couteau suisse, c’est pour cela qu’il nous est devenu indispensable. Si l’on a souvent critiqué le fait de conserver son téléphone dans sa chambre, il faut non seulement l’en faire sortir, mais aussi le remplacer par un vrai réveil, dont l’unique fonction est de vous avertir de l’heure de votre lever. Idem pour l’appareil photo : de plus en plus de jeunes découvrent les appareils jetables (ou argentiques), avec en plus le suspens de découvrir le résultat au moment du développement, et non pas dans l’instantanéité. La musique peut être écoutée avec un baladeur, certes numérique, mais qui ne sert qu’à cela. Et à la maison, la platine pour les vinyles retrouve une place d’honneur dans le salon, avec ses délicieux craquements. La montre mécanique fait son retour, et même s’il faut la remonter, elle ne reçoit aucune notifications. Quel repos ! Enfin, on peut opter pour un téléphone à clapet… pour téléphoner
– Prioriser les activités qui créent de la satisfaction durable, plutôt qu’un shoot de dopamine
Les psychiatres soulignent le fait que certains usages numériques donnent du « plaisir immédiat », mais peu de satisfaction profonde. Au bout de quelques minutes/heures, ont est traversé par l’anxiété du temps perdu « à ne rien faire ». Les activités analogiques ont souvent un bénéfice supplémentaire : on voit le résultat, on construit quelque chose, on se sent capable. Et ça, c’est excellent – en plus – pour l’estime de soi.
Alors, l’activité déconnectée de choix, c’est la lecture, qu’il faut réapprivoiser, même pour quelques pages quotidiennes. On peut choisir aussi des livres de jeux, sudoku, mots croisés ou fléchés, énigmes…
On occupe ses mains intelligemment avec le rythme régulier et apaisant des aiguilles : broderie, tricot ou crochet prennent peu de place et sont faciles à emporter partout.
Les rayons des librairies et papeteries regorgent de cahiers de coloriages sur tous les thèmes : kawaï, voyages, cupcakes, maisons ou motifs floraux… On peut carrément se lancer dans la tenue d’un carnet d’écriture, de dessin ou d’aquarelle ou encore un carnet de voyage. Certains transportent dans leur analog bag des stickers prêts à utiliser ou des cartes à envoyer (oui, par voie postale !). En fin de journée, on se détend avec un puzzle étalé sur la table du salon et que l’on complète avec plaisir en une soirée ou une semaine.
– Organiser des activités qui socialisent « in real life »
Si l’on veut échanger avec ses amis, finalement leur téléphoner est beaucoup mieux que textoter ou laisser des vocaux unilatéraux. On sort de chez soi pour prendre un thé/un verre entre amis, découvrir un salon de thé, un restaurant, partager la visite d’une expo…
On s’initie aux activités manuelles en participant à un atelier collectif de gravure, de céramique, d’encadrement, ou pour fabriquer un terrarium… On laisse exploser ses talents en intégrant une chorale, une troupe de théâtre… Entre amis, on faire des soirées cartes, jeux de société ou de plateau. Ces activités limitent les distractions, activent la concentration et créent le fameux état de flow, propice au bien-être
L’expérience montre que les activités manuelles et sensorielles aident à apaiser l’anxiété en ramenant au corps et au moment présent. Quant au lien social, c’est un réel facteur majeur protection psychique ; il ne se remplace pas complètement par des échanges numériques.
Mon kit réaliste
Sans forcément transporter avec soi énormément de matériel, il est possible de se fixer des alternatives personnelles corrélées au risque d’ennui :
– J’ai 2 minutes : je fais quelques respirations, des étirements, je bois de l’eau en conscience, je regarde par la fenêtre…
– J’ai 10 minutes : je sors marcher, je fais un peu d’écriture, je sors un puzzle, je range mon bureau pour y voir clair…
– J’ai 30 minutes : je lis quelques chapitres d’un roman, je cuisine, je pratique une activité manuelle…
– J’ai 1 heure : je fais du yoga, je retrouve un ami au café, je me lance dans une création…
L’objectif n’est pas de supprimer les écrans, mais d’arrêter de les utiliser comme réponse automatique à la vacuité, et de remplir ce vide d’autres choses, ou même de rien !
Et même si elles ont un délicieux parfum vintage, les activités analogiques ne sont pas un retour en arrière. Ce sont des opportunités de reprendre la main sur son attention, son énergie, et son calme.
