Pour moi, ce moment est arrivé l’autre soir, en couchant ma petite fille. Au début de l’année scolaire, lors d’une réunion parents-profs, j’ai pris son étiquette de prénom posée sur son bureau et j’y ai écrit trois petites phrases, presque sans réfléchir : « Tu es capable. Je t’aime. Ma précieuse Elie. » Puis j’ai ajouté un bisou au rouge à lèvres, posé comme une signature d’amour. J’ai reposé l’étiquette à sa place et… on n’en a pas parlé. Pour être honnête, j’avais même oublié cette étiquette. Et puis, plusieurs mois après cette réunion, au moment du coucher, Elie m’a regardée avec ses grands yeux remplis de lumière. « Tu sais maman… quand je lis et que j’ai du mal, je prends mon étiquette. Je la lis pour me rappeler que tu m’as dit que j’étais capable. Et que tu m’aimes. Ma précieuse Elie. » Elle avait des étoiles dans les yeux. Moi, j’avais un frisson dans le dos.

Dans ce minuscule bout de papier – presque insignifiant – elle avait trouvé un refuge, une force, un rappel. Et j’ai réalisé, une fois de plus, à quel point nos paroles deviennent quelque chose en soi. Quelque chose qui reste. Quelque chose qui parle quand nous ne sommes pas là. Quelque chose qui soutient, qui apaise, qui redonne du courage.

Je ne sais pas comment chaque enfant absorbe exactement les mots. Je ne sais pas ce qui se passe dans leur tête au moment où ils décident de s’accrocher à une phrase plutôt qu’à une autre. Mais ce que je sais, c’est ceci : les paroles que nous déposons dans leur vie ne disparaissent jamais complètement. Elles deviennent comme des petites pierres […]