Si j’étais le diable, je haïrais les mamans pour leur résistance. Pour cette façon insupportable qu’elles ont de continuer, même fatiguées. Pour leur tendresse insensée, leur patience obstinée, leur foi ridicule en l’avenir. Je les haïrais pour ce pouvoir qu’elles ont de réparer le monde sans armes, sans bruit, sans mon autorisation.
Dans les sociétés pauvres, je laisserais les mamans mourir de maladies évitables. Dans les sociétés riches, je laisserais la guerre des pensées faire le travail à ma place. Trop facile : pas d’armes, pas de bombes, juste des voix dans la tête. Sans un seul coup de feu, je ferais vaciller des familles entières.
La détresse mentale tue (l’ENCMM le confirme : le suicide est aujourd’hui la première cause de mortalité chez les jeunes mères).
Alors si j’étais le diable, je volerais le sommeil, le temps, la joie des mamans.
Je leur soufflerais qu’elles n’en font jamais assez. Je les comparerais, je les culpabiliserais, je leur ferais croire que se montrer vulnérable est une faiblesse et que se reposer est une honte. Je ferais de l’épuisement une norme […]

