Frères et sœurs, l’impossible fraternité ?

Frères et sœurs, l’impossible fraternité ?

Jalousies, conflits plus ou moins larvés… Notre rapport avec notre fratrie est loin d’être un long fleuve tranquille. Que nous apprend-il sur la fraternité dans notre société ?

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Publié le 5 octobre 2017

Auteur : Fabienne Delaunoy

« Lors des événements familiaux et particulièrement lors des enterrements où la famille se fait l’obligation d’être présente, les questions autour de la vie familiale se révèlent avec beaucoup plus d’acuité », remarque Jehan-Claude Hutchen. Le pasteur de la paroisse du Neudorf à Strasbourg, où il officie depuis 15 ans, en a vu des drames et des réconciliations autour du défunt, avec une moyenne de 80 à 120 enterrements par an. « J’ai souvent ressenti des tensions et des non-dits entre frères et sœurs qui peuvent venir de très loin et qui sortent au moment du deuil. » Le rapport différencié avec les parents, la jalousie ou bien  l’héritage font que les conflits éclatent. « Il m’est arrivé de vivre des moments dramatiques où la famille ne veut pas se parler, les gens ne se mettent pas ensemble à l’église, les uns vont à un pot d’adieu et pas les autres. Dans ces cas-là, rien n’y fait, la rupture est consommée », relate le pasteur.

Mais lorsque les mots sont enfin lâchés, « bien souvent, constate Jehan-Claude Hutchen, les liens se renouent ». Comme ce frère et cette sœur, fâchés pendant 30 ans, qui se retrouvent après le décès de leur mère. « ‘J’ai perdu maman mais j’ai retrouvé mon frère’  m’avait dit un jour cette dame. » Ou encore ces quatre frères et sœurs qui se parlaient encore mais ne communiquaient pas vraiment. « Pendant la préparation de l’enterrement de leur mère, ils ont évoqué leurs souvenirs avec elle et l’encensaient. Seule la plus jeune des filles se taisait puis elle a fini par lâcher que leur mère était une ‘sorcière’. Tous avaient refoulé leurs souffrances, peut-être par honte. Le jour de l’enterrement, j’ai senti des retrouvailles. »

Culture de l’individu

Si les relations sont difficiles, c’est que l’autonomie est devenue « la valeur paradigme la mieux partagée », comme l’explique le sociologue Dominique Bondu dans un ouvrage collectif (1). « Le piège ultime de notre culture moderne est la vision du monde et de l’Homme qui comprend tout un coin impensé : la question de l’altérité comme présence fondatrice de l’autre (…) » Dans ces conditions où chacun ne pense qu’à son épanouissement personnel, rêver d’une fraternité universelle semble « impossible » pour le sociologue.

De son côté, Jehan-Claude Hutchen considère qu’au sein des familles et en général dans la société, le pasteur et l’Église ont un rôle déterminant à jouer. « Nous devons avoir une dimension thérapeutique pour faire face à ces souffrances. L’Église est un lieu où rien n’est définitivement mort, et cela est possible grâce à la parole. » Le pasteur est soucieux de faire naître cette parole en rencontrant les personnes, en organisant des cafés deuils lors de la perte de proches et des ateliers de vie une fois par mois dans sa paroisse.

(1) La fraternité méconnue, liens du sang, liens du cœur, sous la direction de Brigitte Camdessus, Le Monde de la famille, ESF éditeur, 1998.

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