pêché capital

Gloutonnerie, goinfrerie et gourmandise !

Au Moyen Âge, la gourmandise a été classée parmi les sept péchés capitaux. Un peu sévère, non ? Surtout, de quoi faire trembler beaucoup de personnes en ce mois de décembre…

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Publié le 9 décembre 2020

L’apôtre Paul détaille dans son épître aux Galates (5.19-21) quels sont ces vices venus de la chair qui s’opposent à l’Esprit, parmi lesquels figurent « l’ivrognerie, les excès de table, et les choses semblables. Je vous dis d’avance, comme je l’ai déjà dit, que ceux qui commettent de telles choses n’hériteront point le royaume de Dieu. » La liste complète est précisée par Thomas d’Aquin, présente dans les catéchismes catholiques jusqu’à nos jours. Pour distinguer encore un peu plus les choses, puisque nous vivons dans un monde largement influencé par la culture catholique qui apprécie beaucoup les classifications, ces péchés sont dits capitaux parce qu’ils viennent de la tête (caput en latin). À ne pas confondre, donc, avec les péchés mortels ou véniels qui rentrent dans d’autres cases.

Vice ou péché

La gourmandise, l’orgueil, l’avarice, la luxure, l’envie, la colère et la paresse sont en réalité plutôt des vices qui entraînent à commettre des péchés, par perte de contrôle de soi-même. L’envie, par exemple, donne à celui qui l’éprouve le besoin de s’approprier un bien par tous les moyens ; la colère, pour être assouvie, peut produire insultes et coups, jusqu’au meurtre. Mais en quoi la gourmandise est-elle si grave ? Par ses excès, elle conduit à une perte de contrôle de la personne, occupée uniquement à dévorer ou boire n’importe quoi. En réalité, il s’agit peut-être d’un simple problème de traduction : en anglais c’est le mot gluttony qui est utilisé, en allemand Völlerei, ce qui correspond en français à la gloutonnerie ou à la goinfrerie, c’est-à-dire à la démesure et à l’aveuglement. Molière résumait bien la chose dans l’Avare : « il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger », reprenant d’ailleurs une formule de Socrate.

Plaisir et mesure

À la suite de Paul, le christianisme en général a été durablement marqué par son exhortation (Galates 5.16) « Marchez donc selon l’Esprit, et vous n’accomplirez pas les désirs de la chair ». Cette vision désincarnée de l’être humain a entraîné tout un tas de dérives, dont les plus spectaculaires sont les mortifications diverses que s’infligeaient certains mystiques pour prouver leur mépris de la chair et pouvant aller jusqu’à la mort.

Le protestantisme se montre plus mesuré et ne glorifie pas les privations inutiles. Maintenir son corps en bon état est un devoir pour soi-même comme pour les autres, le nourrir suffisamment fait partie du soin nécessaire à lui apporter. Avec ses Propos de table, Luther montre que l’on peut réfléchir et converser lors d’un repas pas forcément frugal. En France le calvinisme s’est montré plus sévère ; Calvin n’a certes pas encouragé la gourmandise, lui qui était en outre frappé par des douleurs d’estomac.

Cependant, même dans les monastères aux règles les plus strictes, les grandes fêtes chrétiennes étaient et sont toujours accompagnées d’une amélioration de l’ordinaire, pour que la joie des âmes soit complétée un peu par celle des corps. La gourmandise fait plutôt référence à l’appréciation civilisée de la délicatesse des saveurs, bien loin de la voracité ou de la gloutonnerie. Avec toujours en mémoire ces paroles du Christ : « Prenez garde à vous-même, de crainte que vos cœurs ne s’appesantissent par les excès du manger et du boire » (Luc 21.34). Le repas à la française (inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité) qui allie convivialité et gastronomie favorise une gourmandise raisonnable loin du vice de la goinfrerie.

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