Parler d’un sujet sérieux de santé publique en un temps court, tout en faisant prendre conscience des enjeux de manière ludique ? C’est l’objectif de la Fresque de la santé mentale.
Les fresques fleurissent depuis quelques années, et il en existe sur tous les sujets, sur le modèle de la Fresque du Climat, initiée en 2015. Depuis, il y aurait près de 170 fresques déployées en France, qui ont pour point commun une approche ludo-pédagogique : jouer, s’interroger et créer en groupe pour faire évoluer sa compréhension d’une thématique.
La Fresque de la Santé Mentale®, est une initiative de Nightline France – une association investie dans la santé mentale des étudiants, élaborée avec le soutien du Psycom, l’un des principaux organismes publics d’information sur la santé mentale en France.
Découverte de l’atelier
J’ai eu la chance de participer à l’atelier au siège de Nightline, à Paris. Un endroit moderne et lumineux et tout à fait agréable pour aborder un sujet qui pourrait l’être moins. Sur le principe, l’atelier se déroule sur une durée de trois heures et réunit un groupe de 8 à 10 participants.
Dès mon arrivée, j’ai été accueillie chaleureusement par l’animatrice, psychologue et docteure en psychologie, mais surtout formée à l’animation de cet atelier, afin de guider les participants à travers les différentes étapes de la Fresque. Les participants, eux, sont de différents horizons (infirmière, psychologue, coach, formateur, éducatrice…) et se rassemblent autour d’une vaste table sur laquelle est déroulée une immense feuille blanche, il y a des feutres et surtout des cartes… Le décor est posé.
Déroulement de la Fresque
Petite précision, j’ai participé à une Fresque nouvelle formule « Tout public » : animée par un adulte, pour des adultes. Car la version initiale, « Jeunes » est basée sur la pair-aidance : animée par des moins de 30 ans, pour des étudiants et jeunes adultes.
L’atelier est structuré autour d’une trentaine de cartes illustrées, chacune représentant un aspect spécifique de la santé mentale. Elles sont réparties en trois groupes – ou lots – qui constituent chacun une des étapes à aborder dans la progression de notre réflexion.
Nous avons été invités à disposer et même organiser ces cartes entre elles de manière logique, afin de comprendre les liens et nuances entre les différents concepts et les différents facteurs influençant la santé mentale, mais aussi les stratégies possibles. L’animatrice nous demande de nous appuyer sur des exemples, ou notre expérience, pour rendre tangible ce qui pourrait paraître trop technique. Il faut parvenir à s’écouter, et souvent confronter des points de vue différents. On pose les cartes, on les déplace, on discute, on colorie, on ajoute des post-it, on fait des flèches ou on dessine des symboles et on écrit les mots-clefs que l’on veut mettre en exergue. Petit à petit, la fresque prend vie sous nos yeux…
Cette approche ludique et participative permet de démystifier des concepts parfois complexes et d’engager une réflexion collective. Sans arriver forcément à un consensus – car un sujet peut s’aborder selon plusieurs approches, chacun s’exprime et confronte ses stratégies.
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est le respect et la richesse des discussions qui ont émergé au sein du groupe. Chacun apportait son point de vue, ses expériences, ses idées, ce qui a permis d’enrichir notre compréhension mutuelle. L’animatrice encourageait ces échanges avec discrétion et bienveillance, veillant à ce que chacun puisse s’exprimer librement.
Les points forts de l’expérience
– L’approche interactive
Incontestablement, le format participatif de l’atelier rend l’apprentissage dynamique et engageant – ne serait-ce qu’en étant le plus souvent debout, plutôt qu’en position assise, trop souvent associée à un savoir « descendant ». Qui plus est, les cartes sont belles, les illustrations engageantes et les textes aussi synthétiques que qualitatifs. Cela valorise et sert énormément le sujet.
– La déstigmatisation
En abordant la santé mentale de manière ouverte et sans jugement, la Fresque de la santé mentale trouve sa place dans les démarches qui visent à briser les tabous sur cette question, et elle contribue à normaliser les discussions autour de ce sujet. Elle apporte des arguments simples, pouvant être discutés avec tout un chacun. Pour ma part, j’ai mieux pris conscience de la notion de résilience.
– Des ressources concrètes
À la fin de l’atelier, des informations sur les ressources disponibles pour soutenir la santé mentale ont été mises à la disposition des participants, comme le kit de vie de Nightline (mais pas seulement), avec des pistes concrètes pour ceux qui souhaitent approfondir le sujet ou chercher de l’aide, pour eux-mêmes ou pour un proche.
Mes réserves
– La durée
3h, cela peut sembler trop rapide, voire frustrant, pour explorer tous les aspects de la santé mentale. Toutefois, ces pistes peuvent être creusées avec les ressources fournies aux participants, ou même en se formant par la suite au secourisme en santé mentale. La Fresque me parait d’ailleurs une excellente entrée en matière pour toute personne engagée, qui voudrait faire une première sensibilisation, avant d’aller plus loin.
– Le positionnement
Il est important de considérer que cet atelier n’est ni un groupe de parole, ni un espace thérapeutique. Une personne elle-même touchée par un trouble psychique, ou en fragilité psychologique, pourrait être ébranlée par les informations échangées. Il faut se « sentir bien » pour participer. Cela me semble important de le communiquer aux inscrits potentiels avant tout atelier.
Je recommande vivement cet exercice à toute personne souhaitant s’informer, échanger et contribuer à briser les tabous entourant la santé mentale. Que vous soyez directement concerné ou simplement curieux, la Fresque de la Santé Mentale® offre une opportunité positive d’apprentissage et de partage. Cette animation est également intéressants pour un groupe, un service, des collègues, notamment pour évoquer les questions de santé mentale au travail. Enfin, spoiler alert, j’ai été tellement emballée que je me suis formée pour en animer moi-même. Affaire à suivre !
Pour plus d’informations ou pour participer à un atelier, vous pouvez consulter le site de Nightline France