Je rangeais le panier à jouets du salon quand je suis retombée dessus. Tout émue, je tiens entre mes mains cette brosse à poils soyeux qui a effleuré la tête de mes bébés. Elle a atterri ici, au milieu des poupons à l’odeur vanillée et des petits vêtements tricotés par Grand-mère. Elle ne brosse rien du tout, coiffe à peine trois cheveux et pourtant, contre tout entendement, je l’adore. 

Il me suffit de caresser les poils de la brosse pour retrouver la tendresse infinie avec laquelle j’ai coiffé mes garçons,

pour me souvenir du regard émerveillé d’amour que j’ai posé sur leurs visages parfaits, pour sentir à nouveau le parfum animal de leur crâne fragile. 

Dans le contact avec les cheveux fins de mes enfants tout juste sortis de mon ventre s’est opérée une magie, un enchantement toujours présent dans le bois de cette brosse. Comme si le coup de foudre s’était cristallisé dans les nervures du bois clair, comme si les poils de chèvre gardaient en mémoire le torrent […]