Repenser l’infidélité pour réinventer son couple

Repenser l’infidélité… pour réinventer son couple

Thérapeute de couple réputée à New York, Esther Perel était à Paris pour une unique conférence, à l’occasion de la sortie de « Je t’aime, je te trompe ».

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Publié le 25 avril 2018

Auteur : Laurence Roux-Fouillet

Une soirée où il fut plus question d’amour que de tromperies.

Belge, flamande et francophone, c’est à New York qu’Esther Perel, souriante sexagénaire toute en blondeur, exerce ses talents de thérapeutes de couple. En quelques témoignages, elle nous fait entrer directement dans les secrets de son cabinet : secrets d’alcôves et histoires d’amour contrariées par celle qui connait le couple comme sa poche. Elle l’admet, le couple et la recherche du bonheur à deux, sont des sujets fortement investis de nos jours : on n’a jamais autant misé sur l’amour – et pourtant on ne s’est jamais autant séparés. Les temps ont bien changé… Petite autopsie du couple et de l’amour.

La fin des codes bien établis

Avant, le bonheur appartenait au Ciel – à « l’après ». Mais aujourd’hui, on a fait descendre le bonheur sur terre, et on attend d’être heureux ici et maintenant, si possible avec un partenaire qui nous comprend totalement. D’ailleurs on ne se sépare pas parce qu’on est malheureux mais on se sépare pour être plus heureux. La qualité de nos relations détermine la qualité de nos vies, et la poursuite du bonheur est un mandat.
Or le couple est une unité qui s’est beaucoup transformée. Esther Perel constate que jadis les choses étaient plus faciles, car elles étaient clairement codifiées dans la société. Le mariage était une entité économique, la sexualité était procréative ; le devoir, différent du désir. Chacun connaissait bien son script : un homme savait comment se comporter avec son épouse, laquelle connaissait le rôle qu’elle avait à jouer vis-à-vis de son époux, de même que tous deux se positionnaient clairement dans leurs rôles de parents. Il n’était pas forcément question d’amour, les gens se sentaient ainsi en sécurité et il n’y avait aucune liberté. Aujourd’hui, on a toute liberté, davantage de choix, donc on négocie tout, et on se retrouve paradoxalement dans une solitude de décision permanente. On est plus libres, mais plus seuls.

Comment choisir ?

De nos jours, pour qu’un homme ou une femme sache qu’il est avec la « bonne personne », cela suppose qu’il ou elle ait éliminé tous les autres choix possibles. C’est d’ailleurs la possibilité qu’offrent les applications de rencontres rapides : « sweeper »* les mauvais choix, jusqu’à ce que je tombe sur la personne qui va me convenir parfaitement, selon mes critères. Dès lors « être avec toi », c’est « arrêter d’être avec les autres », une conception moderne de la monogamie. Mais pour en arriver là, il faut souvent être passé par dix à quinze ans de nomadisme amoureux et sexuel. Tant et si bien que lorsque les gens se « rencontrent » à trente ou trente-cinq ans, ils ont déjà construit leur identité personnelle et ils attendent de l’autre – le partenaire dans le couple – qu’il contribue à se réaliser pleinement, dans une forme de transcendance. On cherche désormais son âme-sœur, ce qui avant était relégué au sacré, à Dieu. L’attente de l’autre aurait-elle donc remplacé l’attente de Dieu ?
Dès lors que l’on s’est « trouvé » dans l’autre, comme une forme de réalisation, l’infidélité si elle advient, est vécue comme un traumatisme identitaire. Elle met en question la valeur de la personne trompée, dans une véritable perte d’identité. Avant, l’infidélité était une menace économique, qui remettait en question la sécurité de l’unité sociale « famille ». Aujourd’hui, l’infidélité est une menace affective. Quand on a « tout » demandé à l’autre – et sur la durée – cette remise en question ouvre un dilemme existentiel.

Comment faire couple ?

A ce stade de l’exposé – que la salle composée à 95% de femmes ingurgite entre silence religieux et gloussements d’adhésion – Esther Perel tente un petit jeu : « Citez moi des situations dans lesquelles vous ressentez un élan pour l’autre ? » En clair : quand vous sentez-vous le/la plus amoureux/se ?
Si les réponses fusent facilement, la thérapeute s’en amuse car elle confie que, après avoir proposé cet exercice dans 22 pays différents, il en ressort immanquablement quatre grands types de situations :
– Quand l’autre est dans son élément ou sa confiance : il/elle joue de son instrument préféré, cuisine, bricole, joue avec les enfants… Je l’observe et je l’aime dans sa passion, je le reconnais comme une personne à part entière et qui n’a pas besoin de moi.
– Quand il/elle est absent(e) : en voyage, en déplacement… Le désir vient du manque.
– Quand il/elle est dans la légèreté de l’être : il/elle a de l’humour, me fait des surprises… Il existe par lui-même.
– Quand je le/la vois dans le regard des autres : ils la complimentent, l’admirent… Dans cette hypothèse, je réalise que cette personne ne m’appartient pas, elle est à elle-même.

Ces profils montrent que le désir se maintient dans la durée s’il y a une distance entre l’autre et moi, et que je n’ai pas à le prendre en charge tout le temps. Pour que le couple fonctionne, il doit y avoir à la fois connexion et liberté. Car si l’autre devient dépendant de moi, je peux être tenté d’aller rechercher cette liberté ailleurs, dans l’espoir paradoxal que l’infidélité va sauver le couple. C’est toujours un leurre, et la plupart du temps une souffrance.
Or il n’y a pas d’école de l’amour – sauf peut-être celle de nos propres parents, et le couple qu’ils ont formé et que l’on tente de reproduire ou au contraire d’éviter.
Esther Perel admet que si le couple est menacé aujourd’hui, si l’on remet plus facilement en question cette entité faite normalement pour durer, c’est peut-être parce que les attentes que l’on y place sont exorbitantes. On veut que l’autre nous apporte ce que nous donnait, avant, tout un village. Mais l’autre ne peut être « tout ». Aujourd’hui, au-delà du couple, on peut choisir les gens dont on s’entoure – et pas seulement dans le couple : collègues, amis, personnes dont on partage les centres d’intérêt… On construit sa communauté, une communauté choisie, dans laquelle on va s’épanouir. Voilà qui peut soulager la pression mise sur le couple !
Un couple vivant, qui vibre, c’est celui dans lequel il y a de l’admiration, de la complémentarité, du plaisir et de plaisir à percevoir le plaisir de l’autre.

La conférence, menée en une heure chrono, n’a présenté que quelques aspects des sujets qu’elle aborde dans son livre, largement étayés par son expérience de thérapeute. Elle y traite notamment de la tentation de l’infidélité pour maintenir l’équilibre de son couple d’origine, mais aussi des excuses et du pardon, qui peuvent être la manière de faire durer la relation en cas de trahison, plutôt que de faire exploser le couple et la famille. A chacun de se faire son opinion.

* balayer

Pour aller plus loin :
Esther Perel : Je t’aime, je te trompe. Repenser l’infidélité dans le couple. Ed. Robert Laffont, 2018.
Deux conférences TED :
– Le secret du désir dans une relation durable
– Repenser l’infidélité

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