Elevée par des grands-parents qui avaient connu la guerre et les restrictions, j’ai entendu toute mon enfance : « on ne jette jamais de nourriture ! ». Malheureusement, aujourd’hui notre pays détient de tristes records en la matière. En 2023, la France a produit 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires, dont 3,8 millions de tonnes de produits qui étaient encore comestibles, ce qui équivaut à environ 55 kg de nourriture gaspillée par habitant et par an. Si une part est due à la production agricole ou aux industries de transformation des aliments, 35% proviennent de la consommation des ménages.

A l’heure où certains ont du mal à se nourrir correctement, d’autres à boucler leurs fins de mois, et dans un contexte de tensions sur les ressources, le gaspillage n’est plus une option. Pour y remédier, il est temps de réfléchir concrètement à notre manière de gérer notre alimentation, de l’achat en passant par la conservation – et en évitant autant que faire se peut la poubelle !

Le gaspillage alimentaire relève souvent d’une équation qui combine manque de temps, manque d’idées et mauvaise organisation.

Pour simplifier cette question, voici 7 réflexes à installer :

1 – Avoir une démarche décomplexée

Être vigilant à sa consommation alimentaire ne doit pas être synonyme de privation, ni de culpabilité. Si vous devez nourrir plusieurs personnes, c’est même une démarche responsable, autant pour le budget que pour la santé. Il ne s’agit pas de consommer moins, mais mieux. La cuisine la plus saine et la moins chère sera toujours celle que l’on fait soi-même. Ne complexez pas de confectionner vous-même les goûters de vos enfants, ni de choisir des produits ou des marques à moindre coût. En donnant l’exemple, vous leur montrez aussi l’impact de la consommation sur la qualité de vie. La cuisine industrielle, les plats préparés sont ceux qui ont la plus forte répercussion sur la santé et sur l’environnement, tant en matière de pollution que d’utilisation de ressources, d’énergie et d’eau. En avons-nous encore les moyens ? Nous n’avons qu’une seule planète, la respecter c’est l’espoir d’un futur pour tous.

2 – Réfléchir avant d’acheter

Pour éviter la prise de tête et les dépenses inconsidérées, mieux vaut penser à ses futurs repas avant de faire ses courses. Si l’on est étudiant, ou une famille nombreuse avec un budget serré, ou encore si on est très pressé, avec peu de temps de préparation le soir (et le risque de se rabattre sur des plats industrialisés ou une livraison), on pense à l’avance à ses repas… et on regarde les dates de péremption. On établit ses menus de la semaine à partir d’ingrédients simples, on opte parfois pour des protéines végétales meilleur marché (maintenant vous savez pourquoi votre supermarché est souvent en rupture d’œufs), on complète sa liste de courses sur la base de ce que l’on a déjà… Simplifiez-vous la vie et pensez, par exemple, à des plats qui ne demandent que trois ingrédients.

3 – Optimiser son frigo

Le rangement du frigo permet de tout conserver de manière optimale mais peut aussi aider à avoir à portée de vue les aliments qui doivent être consommés le plus rapidement. Cela évite de retrouver au bout de 15 jours un vieux steak haché tout vert qui se décompose dans une barquette… Les dates de péremption ne sont pas aussi impératives pour tous les aliments. Certains supportent quelques jours de plus, s’ils ont été correctement conservés (voir tableau). Il peut intéressant d’investir dans un appareil de mise sous vide, si l’on veut garder quelques jours de plus un produit frais dont l’emballage a été ouvert (charcuterie, fromage…). Un aliment arrive en bout de course ? On le cuisine sans tarder ou on le met au congélateur bien avant sa date de péremption, si c’est possible (voir la fiche « Congeler plutôt que jeter »).

4 – Sublimer les restes

Un reste n’est pas un sous-produit déprécié. C’est un ingrédient déjà prêt qui peut devenir une base culinaire en attente d’une seconde vie. Un fond de de ratatouille se transforme en soupe, agrémente une tarte salée ou une poêlée en y ajoutant du riz ou des pâtes. Un reste de riz devient la base d’une salade ou de galettes. Le poulet rôti du dimanche s’émiette en chiffonnade pour composer des wraps ou faire des boulettes. Mais cela suppose d’avoir de l’imagination (ou de prendre des notes !). Et vous connaissez peut-être le célèbre « Fouzitout » de Fabienne Lepic dans « Fais pas ci, fais pa ça » : un gratin fait de restes divers et variés sur lesquels on jette des œufs battus avant de le mettre au four. Plus classe, sur Instagram le chef Nabil Zemmouri partage des recettes incroyables à partir des restes de son frigo @nabil_zemmouri. L’appli Vide ton frigo donne aussi des idées de plats à composer avec ce qui nous reste.

5 – Réaliser que tout se mange… ou presque

La cuisine anti-gaspi, c’est l’art d’utiliser ce que l’on jette par automatisme. Les fanes de carottes font un excellent pesto, les épluchures de pommes de terre deviennent des chips croustillantes, les tiges de brocoli se transforment en soupe, le pain rassis est recyclé en chapelure, croûtons ou pain perdu salé… Découvrez 35 recettes avec des épluchures !

6 – Fréquenter les enseignes anti-gaspi

Les grandes surfaces ont désormais des obligations de gestion des denrées invendues, tout autant qu’elles souhaitent optimiser leurs stocks. Chaque magasin dispose désormais d’un rayon ou d’une vitrine réfrigérée dans lesquels il y a des aliments à date de péremption courte, avec une forte remise sur le prix initial. Ils doivent être consommés rapidement, mais certains peuvent être facilement congelés pour se constituer un stock à moindre coût. On pense aussi aux enseignes low cost (Lidl, Aldi…) auxquelles on peut parfois reprocher la qualité de leurs produits. Mieux vaut y acheter principalement des ingrédients de base. Une enseigne s’est spécialisée dans la vente de produits de toutes marques, à date courte : Nous anti-gaspi.

L’appli TooGoodToGo permet aussi de récupérer localement les denrées invendues de magasins, boulangeries ou restaurants le jour même. Plus récent, le site Willy anti-gaspi propose à l’achat en ligne des produits d’épicerie salée ou sucrée (et même des paniers) provenant de sur-stocks ou proches de leur dates limite, avec jusqu’à 40 % de réduction sur le prix en rayon.

7 – Adopter les recettes du placard

Avec quelques ingrédients basiques (conserves de poisson et de légumes, riz, pâtes, légumineuses, œufs, concentré de tomate, bouillon cube, épices, biscottes…) on peut tenir quelques jours et composer un ou plusieurs repas en cas de nécessité :

  • des lentilles, quelques oignons et des épices pour faire un Dahl
  • des œufs dans une ratatouille en conserve pour une chakchouka improvisée
  • des pâtes et une boîte de thon ou un curry de pois chiche pour une recette réconfortante
  • des sardines sur du pain grillé en apéro…

La cuisine anti-gaspi n’est ni une contrainte, ni une punition. Elle demande du bon sens et de l’imagination pour faire simple et bon, au service du plaisir partagé.

Quelques livres :

– Recettes et astuces anti-gaspi, livre en pdf téléchargeable gratuitement sur le site de l’ADEME
– Une année anti-gaspi avec Phenix, livre en pdf téléchargeable gratuitement sur le site de Phenix
– La cuisine des restes, à vos papilles, Skadi Kaiser, Ed. Eyrolles, 2021
– Zéro gaspi, Près de 50 recettes économiques et gourmandes, Jean-François Piège, Ed. Hachette, 2023