Film contemplatif, attendrissant mais aussi le témoignage vivant d’une réalité d’un peuple nomade en voie de disparition.

La cinquantaine, Nanouk et Sedna vivent harmonieusement le quotidien traditionnel d’un couple du Grand Nord. Jour après jour, le rythme séculaire qui ordonnait leur vie et celle de leurs ancêtres vacille. Nanouk et Sedna vont devoir se confronter à un nouveau monde qui leur est inconnu.

Ce qui interpelle dès les premières images de ce deuxième long métrage du réalisateur bulgare Milko Lazarov, c’est l’immensité et la beauté de ce décor naturel, d’un blanc immaculé, loin de la civilisation et où le froid règne en maître absolu… là où la vie semble impossible et où pourtant nous rencontrons Nanouk et Sedna. Lui est emmitouflé de peaux de bêtes et perce la glace pour trouver de l’eau potable et pêcher pendant que sa femme, elle, restée près de la yourte, tanne les peaux, en fait des vêtements et de temps en temps joue de la guimbarde.

Tel un documentaire, dans sa première partie, Ága se fixe sur les tâches répétitives nécessaires à la survie dans ces contrées glaciaires. Peu d’ailleurs sont restés… le gibier se faisant de plus en plus rare et les changements climatiques opérant. Milko Lazarov filme alors avec brio ces paysages, parvenant à nous donner une forme de vertige face à ces étendues infinies. Puis il resserre son plan sur le chien tendre qui accompagne fidèlement son maître Nanouk ou sur le visage éreinté, mais gracieux malgré tout, de Sedna. C’est ainsi qu’il nous fait entrer dans cette chronique familiale atypique faite de traditions mais aussi de confrontations à une société en pleine mutation conduisant les enfants d’ailleurs à avoir déjà fait d’autres choix de vie, en rejoignant la ville… La compréhension de la problématique se livre doucement au spectateur, sans violence, au rythme de la vie là-bas.

Mais Ága c’est aussi une véritable histoire d’amour, loin des clichés habituels. Un amour fait de tendresse qui apporte la chaleur au milieu de la solitude, du froid et d’un certain abandon. Une histoire bouleversante… portée par la musique de Malher et avec un final d’une force picturale impressionnante sur une gigantesque mine de diamant à ciel ouvert, symbolisant la percée de la civilisation sur la nature sauvage, faisant mourir les nomades à petit feu…

Alors, laissez-vous prendre par Ága, pas la beauté de ce petit bijou si loin des sentiers battus de l’artillerie lourde hollywoodienne mais tellement précieux et bon pour les humains que nous sommes.

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