Ce n’est pas tous les jours qu’un seul en scène réussit à nouer ensemble humour, tendresse et profondeur psychologique avec une telle justesse. Dans Mon côté Wertheimer (les mères poules ne font pas des mouettes), Chloé Oliveres livre une performance à la fois sincère, drôle et profondément émotive sur ce que signifie hériter de ses aïeules, de leurs peurs et de leurs fragilités, et apprendre à se reconnaître dans ce tissu de vies passées.
Incarner les femmes de sa lignée
Sur le plateau, elle incarne tour à tour des figures féminines de sa famille – son arrière-grand-mère internée pour mélancolie, sa grand-mère ralentie par Alzheimer, sa mère et elle-même – avec une maîtrise incroyable de registres et de nuances. Son jeu passe du rire à l’émotion brute, de l’autodérision à une intense vulnérabilité, tout en gardant une présence solaire qui invite le public à partager ce cheminement intime. Ce spectacle devient ainsi une exploration du “matrimoine psychique” : comment les traits, les contradictions et même les peurs se transmettent, parfois sans qu’on les nomme, parfois avec humour et lucidité. Chloé Oliveres interroge avec malice la peur de « devenir folle » qui traverse sa lignée, tout en rendant hommage à ces femmes qui ont fait de leur mieux dans des contextes souvent hostiles.
Une odyssée intime
Ce qui impressionne particulièrement, c’est la façon dont elle transforme le thème potentiellement lourd de la santé mentale et des héritages familiaux en quelque chose de lumineux, affirmant que l’on peut rire et se confronter à ses ombres. Son interprétation intense donne vie à chaque personnage, les rendant à la fois singuliers et universels, et fait résonner avec force la question de ce que nous portons de ceux qui nous ont précédés.
Pour finir, ce spectacle est une rencontre intime avec soi-même et avec celles qui nous ont formés, une odyssée aussi drôle que touchante dans les méandres de l’âme, portée par une comédienne remarquable qui sait faire vibrer chaque nuance de plastique émotionnelle.
Mon côté Wertheimer (les mères poules ne font pas des mouettes)
Chloé Oliveres / Papy – 1h20
Actuellement jusqu’au 24 janvier au Théâtre 13 / Glacière à Paris puis d’autres dates et lieux à suivre
