Bacurau… pour résister coûte que coûte !

Bacurau… pour résister coûte que coûte !

Un film brésilien extrêmement intense qui ne pourra vous laisser insensible. Au cinéma ce mercredi 25 septembre, Bacurau a remporté le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes.

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Publié le 25 septembre 2019

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Les couloirs du Métro parisien recouverts depuis une semaine d’un mot : Bacurau… pour la sortie cinéma de ce mercredi 25 septembre. Un thriller de Kleber Mendonca Filho et Juliano Dornelles, où l’on peut voir un certain clin d’œil au classique du genre « Survival » de 1932 « Les Chasses du comte Zaroff » (The Most Dangerous Game)Bacurau, a obtenu le Prix du Jury au dernier Festival de Cannes.

Synopsis : Dans un futur proche… Le village de Bacurau fait le deuil de sa matriarche Carmelita qui s’est éteinte à 94 ans. Quelques jours plus tard, les habitants remarquent que le village a disparu de la carte.

Il y a des films qui vous laissent perplexes… à la fois gêné mais aussi captivé, voire ébloui. C’est un peu le ressenti premier à la sortie de Bacurau de Kleber Mendonça Filho (après Aquarius il y a trois ans). Et puis… on y réfléchit, on le repasse en soi, et l’impression évolue et se construit. Car si Bacurau peut clairement se voir comme un western acide et cruel à la sauce brésilienne, l’analyse offre d’autres riches perspectives. Celle, par exemple, d’une fable anti-impérialiste sanglante et un film de genre dopé aux multiples références. On peut aussi entendre un message puissant comme une célébration passionnée des liens familiaux, terrestres et communautaires. 

À cet égard, Bacurau devient une autre des fascinantes études de Mendonça Filho sur la dynamique de la communauté et des petites gens courageux qui s’opposent aux intérêts des grandes entreprises qui souhaitent les entraîner dans un avenir dont ils ne veulent pas faire partie. Mais cette fois-ci, il ne s’agit pas d’un mouvement de défi d’une seule femme, comme dans Aquarius, mais de gens oubliés qui luttent pour survivre dans un pays qui veut les faire disparaître.

Alors, bien-sûr, le rythme est lent, dans toute la première partie, à la manière d’un psychotrope qui s’infiltre dans notre système. L’environnement se dévoile… le cinéaste cherche à nous faire comprendre pourquoi la ville est en péril. Le préfet, un véritable bouffon malhonnête, a coupé l’alimentation en eau et ne la remettra pas en marche tant que les citoyens n’auront pas promis de voter pour sa réélection lors du prochain scrutin.  Mais les habitants endurcis de Bacurau ne céderont pas à son chantage, ni à sa personne et ni à personne d’ailleurs.

« Le monde est à l’envers » observe le principal « méchant » de l’histoire, interprété par l’acteur culte Udo Kier. Comment ne pas lui donner raison… et ainsi, par exemple, voir ceci comme une allégorie de l’Amazonie en feu. « Chaque semaine au Brésil, c’est comme si nous avions une bande-annonce pour Bacurau dans les journaux » plaisante Juliano Dornelles, qui co-réalise le film, expliquant que le scénario avait « beaucoup d’humour au départ », mais que la triste réalité avait au final rendu le film beaucoup plus sérieux. « Au Brésil en ce moment, nous devons vraiment être unis pour résister à certaines des choses folles qui se déroulent » avec Bolsonaro, le nouveau président entré en fonction en janvier. En évoquant Rio, il raconte que « c’est un endroit déprimant en ce moment (…) Il y a des gens de Rio qui vont à Recife (sa ville natale) comme des réfugiés. Et nous les accueillons, car Recife est encore protégée d’une certaine façon, culturellement et politiquement », puis ajoute : « Je pense que Bacurau est un peu comme ça. C’était l’une des idées du film ». 

Un film pétri également de nombreuses références cinématographiques, de Peckinpah à Carpenter, en passant par John Boorman ou encore Brian de Palma. Une violence stylisée, graphique et on ne peut plus percutante ! « Je pense que la violence vient de l’histoire », estime Kleber Mendonça Filho, qui dit « ne pas avoir peur » de parler du Brésil dans ses films. « Pour nous, c’est très facile de faire des films politiques », lance-t-il. Au contraire, « quand on voit une comédie romantique ou même un film d’action dans des cinémas commerciaux, je me dis que ça a dû être beaucoup de travail pour rendre ce film complètement apolitique ! ».

Avec des œuvres comme « Aquarius » et « Neighboring Sounds », Filho est devenu un cinéaste reconnu et apprécié, mais Bacurau est sans doute mon film préféré de ce réalisateur à ce jour en défiant constamment nos attentes quant à la suite, mais sans laisser l’impression du moindre hasard dans tout ça. Bacurau est donc finalement bien plus qu’un simple western qui aurait choisi la violence comme moyen de défoulement. C’est un film politique, social et résistant, avec, tout de même, cette recommandation de s’adresser à un public avertit capable de supporter une violence visuelle brute et sauvage.

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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