Boy Erased, au nom de l'amour

Boy Erased, au nom de l’amour

L’histoire de Jared, fils d’un pasteur baptiste dans une petite ville américaine de l’Arkansas, contraint par sa famille à suivre une « thérapie de réorientation sexuelle ». Avec Nicole Kidman et Russel Crowe.

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Publié le 3 avril 2019

Auteur : Jean-Luc Gadreau

Boy Erased, l’autobiographie percutante de Garrard Conley a inspiré un film du même nom qui vient de sortir en France le 27 mars. Un récit que l’auteur décrit lui-même comme « l’histoire d’une famille qui a fait quelque chose de terrible par amour ».

Synopsis : Au début des années 2000, l’histoire de Jared, fils d’un pasteur baptiste dans une petite ville américaine de l’Arkansas, dont l’homosexualité est dévoilée à ses parents à l’âge de 19 ans. Jared fait face à un dilemme : suivre un programme de thérapie de conversion – ou être rejeté par sa famille, ses amis et sa communauté protestante. « Boy erased » est l’histoire vraie du combat d’un jeune homme pour se construire alors que tous les aspects de son identité sont remis en question.

Boy Erased, de l’acteur et cinéaste Joel Edgerton (The Gift), inspiré des mémoires du journaliste et auteur Garred Conley, propose une lecture sobre mais forte d’une problématique familiale et religieuse, avec une abondance d’acteurs accomplis comme Nicole Kidman, Russel Crowe ou Xavier Dolan, mais aussi l’excellente Cherry Jones jouant un médecin, dans un cameo résumant à lui seul l’absurdité de la situation.

Jared (comme Garred est ici nommé) possède la chance d’être incarné par Lucas Hedges, lui dont la sensibilité fait, depuis un certain temps, partout merveille (de Manchester by the Sea à Mid90s en passant par3 BillboardsLady Bird ou Ben is back), et plus encore dans ce drame qui propose de multiples tiraillements. On observe ainsi une oscillation constante entre désir (ou besoin) de conformité et pulsions sexuelles, amour profond (entre parents et enfant mais tout autant avec Dieu) et « aveuglement idéologique » au sein d’une paroisse protestante conservatrice.

Alors qu’il vient de subir un viol dont il n’a pu encore parler, et sur les accusations même de son propre violeur auprès de ses parents, cet adolescent se retrouve contraint de suivre une « thérapie de conversion », que l’on appelle aussi « thérapies de réorientation sexuelle », vouées à guérir l’homosexualité. Parce qu’il l’aime, et parce qu’il estime faire face à un « problème », son père estime aussi devoir proposer une solution et celle qu’il a trouvée est d’envoyer son fils suivre cette thérapie onéreuse sur les conseils de deux amis. Ici, tous les coups sont permis, au propre comme au figuré. Jared se verra donc infligé une véritable torture mentale pour le forcer à changer et corriger sa prétendue déviance. Le jeune homme perdu dans tout ce qui lui arrive mais aussi face à ses pensées, y côtoie des gens de son âge tout aussi abasourdis devant les méthodes utilisées, chacun développant alors des stratégies différentes pour survivre. Certains d’ailleurs n’y parviendront pas…

Dans un récit à la structure classique, les flashbacks sont soigneusement calibrés pour permettre de comprendre ce qui a mené ce fils de pasteur et fier vendeur de voitures, à se retrouver dans ce centre aux allures de prison (malgré l’apparence spirituelle qui y est attachée), sous les assauts d’un thérapeute aux compétences plus que douteuses, interprété brillamment par le réalisateur Joel Edgerton dans une performance dont il a le secret.

Plusieurs personnages, comme la mère et le père, de façons différentes, incarnent avec force le conflit intérieur qui apparaît entre convictions chrétiennes (on pourrait sans doute même utiliser le terme de « culture ») et réalité toute humaine, entre dogme et amour, tradition et filiation… Car si ces parents semblent portés par des sentiments sincères pour leur enfant, ils n’en sont pas moins guidés, voire empêtrés, dans des principes moraux qui ont façonné leurs croyances et leur manière de vivre. À leur grand étonnement et bien malgré eux, ils s’engageront eux aussi dans un profond et compliqué processus de remise en question.

Dans un écrin le plus souvent pudique, où les artifices de la mise en scène s’avèrent minimalistes, Boy Erased dresse un troublant constat qui interpelle et émeut sans jamais tomber, à mes yeux, dans le jugement caricatural à l’emporte-pièce. Car, si pour beaucoup de critiques le film est une simple dénonciation d’un puritanisme religieux, la réalité va beaucoup plus loin et avec une vraie délicatesse. Bien sûr, ce qui est présenté comme des « thérapies de conversion » sont là franchement révoltantes et les informations livrées au moment du générique final ne peuvent qu’accroitre ce sentiment. Mais en fait, Garred Conley comme Joel Edgerton ont su aussi présenter cette histoire comme celle d’une famille qui fait quelque chose de terrible par amour. Et c’est bel et bien la famille qui devient le centre du récit avec la thérapie de conversion juste comme arrière-plan. On peut alors réfléchir à la complexité de telles situations, quand tout un paradigme construit et bien établit s’écroule soudainement. Le jugement extérieur est toujours facile mais quand on se retrouve au cœur de la situation, les choses prennent alors souvent une toute autre perspective, et Boy erased le montre vraiment très bien, en choisissant notamment d’emprunter la voie de la compassion, montrant une évolution réaliste chez ses personnages.

Un film beau, intense et juste sur un sujet important, très bien traité et donc à ne pas rater…

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Cinéma, culture, sport, spiritualité, société… Autant de sujets de prédilection du blog de Jean-Luc Gadreau, ArtSpi’in. Jean-Luc Gadreau est pasteur, auteur, mais aussi attaché de presse du Jury œcuménique au Festival de Cannes.

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