Chercheur de dieux

Chercheur de dieux

Émile Guimet est à l’origine du musée qui porte son nom et qui lui consacre aujourd’hui une exposition. Un homme peu banal, riche industriel qui voulait créer un musée des religions.

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Publié le 23 février 2018

Auteur : Anne-Marie Balenbois

Je sentais que ces objets que je réunissais restaient muets et que pourtant ils avaient des choses à me dire, mais que je ne savais pas les interroger. Voici quelques mots qui donnent une idée de la démarche d’Émile Guimet. Né en 1836 dans une riche famille d’industriels et d’artistes, il consacra une partie de sa fortune à voyager, acheter d’innombrables œuvres d’art et mener des enquêtes pour comprendre les autres civilisations et d’abord leurs religions. Il consacra la fin de sa vie à réaliser un « tableau comparé des religions » pour le musée qu’il a créé, devenu le Musée des arts asiatiques-Guimet. C’est donc un hommage mérité qui lui est rendu aujourd’hui, visible jusqu’au 12 mars, autour d’un grand voyage entrepris en 1876.

Voyage de découvertes

Par chance pour nous, Émile Guimet ne part pas seul. Il parvient à convaincre l’illustrateur Félix Régamey de l’accompagner pour « croquer » sur le vif les lieux qu’ils découvriront, les personnes qu’ils rencontreront.
Arrivés au Japon, les voyageurs sont immédiatement fascinés par le pays qui s’ouvre sur l’extérieur depuis les débuts de l’ère Meiji en 1868, moins de dix ans auparavant. Ils s’intéressent à tout : vie quotidienne, paysages, temples et monuments malgré des difficultés pour se déplacer, tout étant soumis à des autorisations. Recommandé par les autorités japonaises, Guimet obtient de visiter de nombreux centres religieux et monastères, écoles bouddhistes ou shinto. À chaque fois il prend des notes, se fait expliquer les doctrines et achète des objets en nombre autant qu’il le peut, tandis que Régamey dessine.

Cette fascination éprouvée pour le Japon fera paraître décevante, par contraste, la suite du voyage. Les deux hommes enchaînent par la Chine, alors plongée dans l’instabilité politique et les révoltes, hostile aux Occidentaux qui lui imposent des traités inégaux. Ils visitent malgré tout des temples, assistent à des cérémonies religieuses et achètent, là aussi, de nombreux objets. Ils entament ensuite leur retour par l’Inde et Ceylan, où Guimet se déclare déçu par l’expression d’un bouddhisme « dégénéré ».

Retour fructueux

Arrivés en France en mars 1877, ils travaillent activement pour organiser le bilan de leur expédition. Régamey transforme ses dessins en grandes toiles pour le futur « grand musée religieux qui contiendra tous les dieux de l’Inde, de la Chine, du Japon et de l’Égypte ». Après un essai raté à Lyon, c’est finalement à Paris que son rêve prend forme, avec une inauguration en 1888.

Parmi les objets exposés, outre les toiles de Régamey, le visiteur admirera les objets magnifiques rapportés par Émile Guimet. Un ensemble particulier mérite l’attention, une copie réalisée au Japon, sur les instructions du supérieur du monastère de Toji, d’un mandala (« ensemble complet ») qui résume la doctrine de la branche bouddhique japonaise du Shingon. L’exposition rend un hommage mérité à son fondateur, en montrant qu’il était animé par une volonté de comprendre les religions du monde, sans sentiment de supériorité ni intérêt superficiel pour le pittoresque, si fréquents à l’époque chez les Occidentaux.

  • Enquêtes vagabondes, le voyage illustré d’Emile Guimet en Asie. Jusqu’au 12 mars au musée Guimet, 6 place d’Iéna, 75016. Tlj sauf mardi de 10h à 18h.

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