Un vrai film d’auteur, où l’on sent une implication forte du scénariste-réalisateur. La Grazia, la grâce, questionne d’une part le pouvoir, le fonctionnement des institutions italiennes et le rôle du président (garant de l’unité italienne, est-il notamment rappelé en prologue) et, d’autre part, les questions plus intimes, banalement humaines, de la vieillesse, de l’amour et des relations familiales. Ces thèmes déjà abordés par Sorrentino avec Toni Servillo, son acteur fétiche, n’ont aucun secret pour ce dernier, dont la silhouette d’homme mûr et le visage, plein de ressources, servent le personnage avec la gravité et la retenue requises. Accompagné de temps à autre par des morceaux de musique contemporaine, le film se déroule en grande partie au Quirinal, ses ors intérieurs nourrissant les plans somptueux de la chef op Daria d’Antonio, tandis que la terrasse au-dessus de Rome constitue le refuge du président et de son aide de camp, le temps d’une pause cigarette.

La mise en scène très élaborée est émaillée de surprises et de d’humour : pluie battante ruinant l’arrivée d’un hôte étranger, larme en apesanteur d’un cosmonaute dans l’espace, cheval-robot précédant un cortège présidentiel à pied. Chaque scène est impeccable ; on est dans un monde politique qui prend son temps. Le président chrétien-démocrate, juriste de formation, s’entretient souvent avec son bras droit, sa fille Dorotea, elle-même juriste, du projet […]